Partagez
 

 ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyLun 29 Déc - 4:59

« ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck »


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_n4nv2sQ7Yf1rm7jt9o1_500

Cette journée appartenait à la longue liste des journées noires au centre de soin d'Ignopolis.
Certes, le monde dans lequel ils vivaient était dangereux, et les locaux se désemplissaient rarement, mais certains jours, certains jours comme celui-ci, le travail de Bea prenait une tournure dramatique, option apocalypse, et quand le soir venait, elle avait parfois oublié jusqu'à son prénom et ne rêvait que d'un endroit où se rouler en boule et dormir, loin du bruit des claquements de talon incessants des infirmières, loin du bruits des pleurs et des cris, loin du bruit des ordres, des appels, loin du bruit des mourants, et même des ressuscités. Loin du bruit des hommes.
C'était l'un de ces soirs.

Après son dernier patient – un jeune garçon aux bras couverts de contusions et éraflures et qui avait refusé de révéler d'où elles venaient, et même si Bea n'avait eu d'autre choix que de le laisser partir après l'avoir soigné, elle lui avait répété avec insistance que la porte de son bureau était toujours ouverte, si par hasard il se rappelait quelle saloperie de mur lui avait joué un tour pareil et si par hasard quelqu'un pouvait peut-être lui faire entendre raison (ou le balancer d'un pont, songeait-elle sombrement, ce n'était pas le premier de ses patients à porter de telles marques et à se taire, ce ne serait pas le dernier, mais elle serait prête à tout pour que cela cesse) –  Bea avait enfin pu fermer la porte de la salle de soin qui lui avait été attribuée les dernières heures et s'était réfugiée dans la salle de stockage adjacente, s'effondrant sans grâce sur un sac de coton hydrophile et fermant immédiatement les yeux. Il lui restait une demi-heure à tenir, encore une demi-heure et elle pourrait se déclarer morte et enterrée pour le reste de la nuit...

Elle fut réveillée – comment avait-elle pu s'endormir si vite ? Il était peut-être temps qu'elle cesse de faire des nuits de quatre heures – par des bruits de métaux s'entrechoquant sur le sol. Son esprit habitué à être alerte très vite lui fit savoir qu'il s'agit de la pièce d'à-côté, et elle n'hésita pas une seconde en chargeant droit sur la porte qu'elle ouvrit à la volée, remontant au passage ses lunettes sur son nez qui avaient glissé pendant sa sieste improvisée. Pour quelqu'un qui exerçait la responsabilité et la précaution à toute épreuve quand il s'agissait des autres, Bea était singulièrement téméraire quand elle était seule concernée.

Un défaut qu'elle allait probablement regretter ce soir, songea t-elle furtivement devant la vision qui l'attendait dans cette salle, avant que cette pensée ne soit balayée par l'horreur de la scène.

Son cerveau surentraîné embrasse tous les détails d'un regard. Les outils médicaux jonchant le sol qui l'ont réveillée. Le sang qui les macule, tombant goutte à goutte d'un pull trop rouge et trop humide noué autour de la taille d'une jeune femme. Jeune femme aux yeux fous et à la bouche sauvage qui lui fait face avec une dague à la main.
Scène de cauchemar.
Scène de fin du monde.

Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck.

Première réaction.
Un souffle.
Un murmure.


« Oh mon dieu... »

Deuxième réaction.
Garde.
Parfaite.
Que seule peut obtenir une praticienne régulièrement de l'escrime ou des arts martiaux.

Troisième réaction.
Elle avance.


« Mademoiselle... »

La jeune femme est d'une beauté terrible et tragique. Une beauté cruelle. Malgré le sang, malgré l'angoisse, malgré l'étrangeté bouleversante de la scène, Bea peut s'en rendre compte. C'est une beauté au parfum de mort qui la fait frissonner et qu'elle ne parvient pas encore tout à fait à apprécier, mais qui la fascine. Ça, c'est ce qu'elle dégage. Mais si l'on s'en tient aux boucles blondes, à la peau pâle, aux yeux d'émeraude, c'est une beauté angélique qui ferait chavirer le cœur.

Pour l'instant, celui de Bea délègue tout à son cerveau, comme d'habitude.

Mais cela n'empêchent pas les serpents de s'agiter dans son ventre dès qu'elle se perd un peu trop longtemps dans les yeux d'eau claire de la jeune femme.


« Posez cette arme s'il vous plaît. Vous ne parviendrez pas à soigner ça vous-même. Laissez-moi vous examiner, d'accord ? Je ne vous veux aucun mal. Je n’appellerai personne. »

Elle s'arrête. Proche et encore loin. Juste assez pour esquiver le coup s'il venait à partir.
Elle regarde la jeune femme droit dans les yeux. Sans une once de crainte ou d'incertitude. Une pure flèche de volonté et de puissance sereine. Mais son coeur tambourine comme un oiseau blessé.


« Laissez-moi vous aider. »

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyMar 30 Déc - 20:53

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck 5108621

Cette femme est malade.
Elle n'a pas sa place ici, mais à l'hôpital psychatrique.
Derrière des barreaux.
étouffée par une camisole.
Cette femme est folle.
Cette femme est dangereuse.
Cette femme est une bête, un animal.
Et elle a l'air d'un monstre.

Tous ces jugements rationaux sont immédiatement balayés par le tourbillon d'émotions incompréhensibles qui agite Beatriz. Remplacés par d'autres pensées, des pensées interdites, des pensées qui la marquent comme folle, elle aussi.

Cette femme est fascinante.
Cette femme est belle.
Cette femme est touchante.
Cette femme est un mystère.
Palpitant.
Et derrière le masque du démon, elle voit les ailes brisées de l'ange déchu.

La dague se redresse, quand la femme chancelle, un instant Bea croit la voir basculer, s'apprête à intervenir, mais l'inconnue se rattrape, et brandit son arme de plus belle. Une louve montrant les dents. Une louve au pelage d'or et de sang. Bea lève les mains, dans un geste qui paraît inoffensif, comme pour se rendre, témoigner de son absence d'intentions nocives, mais elle ne fait que renforcer sa garde. Elle ne se laissera pas prendre par surprise, peu importe à quel point elle a envie d'aider cette jeune inconnue.
D'aider ? Oui, bien sûr. C'est plus qu'un réflexe chez elle, désormais, c'est un instinct. Mais celui-ci va au-delà. Elle le ressent comme une véritable nécessité. Elle doit aider cette femme. Elle le doit. Elle ignore dans quel livre du destin ce fait est écrit, mais elle sent que c'est une route inexorable qu'elle doit emprunter. Et elle brûle de le faire. Si seulement celle qu'elle venait de décréter sa nouvelle patiente voulait se montrer un peu coopérative... mais après tout, on peut se douter qu'une femme qui semble prête à se recoudre elle-même et qui menace de tuer le premier venu ne sera pas vraiment accommodante. Elle secoue désespérément la tête, rejetant son aide, rejetant ses raisons. Refusant d'écouter, refusant d'accepter. Mais Bea a élevé trois hommes (dont un qui ne l'est pas encore tout à fait), prodigué soins et conseils à la moitié de la population d'Alba, et a récemment été promue à la tête d'une équipe de Guérisseurs qui s'occupent des cas les plus délicats depuis qu'elle a été engagée ici. Les patients difficiles, elle en a eu son compte. Celle-ci a simplement un peu plus de tranchant dans ses arguments.


« Vous n'allez pas pouvoir vous soigner seule. J'exerce ce métier depuis 12 ans. Vous pouvez me faire confiance, je sais de quoi je parle. Si je ne vous aide pas vous allez mourir. »

Un peu brutal, peut-être, mais vrai et efficace. Bea fait rarement dans la dentelle, on lui a souvent reproché sa franchise douloureuse envers les patients. Elle se contentait de hausser les épaules et de répliquer vertement qu'elle ne faisait pas dans la fausse sympathie, et que si elle avait été à leur place, elle aurait voulu savoir tous les détails et ne pas être dérobée d'informations vitales à cause d'un peu de pitié. Mais ce n'était qu'un reproche qu'on lui faisait sans trop de sévérité. Chacun ici avait pu constater à quel point Bea était proche de ses patients, à quel point elle se dévouait pour leur cause, discrètement, secrètement, sans en faire tout un plat, et si elle se laissait parfois aller à de l'affection, elle ne le montrait jamais, et quand une histoire finissait mal, il n'était pas rare que l'un de ses collègues la retrouve à pleurer dans son bureau ou dans la remise. En silence. Sans éclats. Personne n'en faisait mention, et elle reprenait le travail deux minutes après la dernière larme. En silence. Sans éclats.

La jeune femme se détend légèrement quand Bea s'arrête, et cela la rassure. Ça, combiné au fait qu'elle ne l'a pas encore attaquée, l'incite à penser qu'elle ne court peut-être aucun danger. Si l'inconnue avait du lui poignarder le cœur, elle l'aurait probablement déjà fait. Attendre mettait en danger sa vie. Donc, elle avait une chance... une faible chance, une chance de miracle, mais c'était dans ce département que Bea travaillait le mieux, triomphant du sort à la pointe de l'aiguille, bravant l'impossible de ses mains expertes.

L'inconnue parle enfin. Un simple mot. Non. Et Bea se force à rester immobile quand elle la voit s'arracher les cheveux, même si tout son corps lui hurle de bondir et de lui attraper la main pour l'en empêcher. Elle regrette de ne pas avoir quelque chose sous la main. L'assommer pourrait être une bonne solution pour la traîner jusqu'à une salle d'opération sans risquer l'éventration. Comment percer les défenses de cette femme à temps avant que les derniers grains de sa vie tombent au fond du sablier de même que tomberont ses dernières gouttes de sang sur ce sol froid et blanc ?

Pourquoi vous dites « vous »?

Bea inspire profondément. Elle lui parle. Elle interroge. C'est un premier signe. Un bon signe. Peut-être y a t-il encore de l'espoir dans cette affaire. Bea lui sourit, et elle songe que quelqu'un de plus avisé serait peut-être déjà parti, que quelqu'un de plus sage aurait été ameuter le service, aurait ramené tout l'équipe dans cette pièce jusqu'à ce qu'ils parviennent à la maîtriser et la soigner. Ils auraient plus de chance à plusieurs. Mais outre le fait qu'elle exposerait quelqu'un d'autre aux coups de couteaux de la jeune femme, Bea n'a jamais été...
Traditionnelle.
Elle sourit, et c'est le sourire qu'elle réserve pour Dagan lorsque quelqu'un s'est encore moqué de lui à l'école en faisant des gestes obscènes en réponse à sa langue des signes, quand Elio vient de nouveau d'avoir le cœur brisé, quand Rufio ne veut pas s'avouer qu'il en a un, lui aussi, de cœur, et qu'il est blessé, lui aussi. C'est un peu un sourire de mère qui va savoir trouver les mots justes. C'est le sourire d'une amie qui vous prend dans ses bras. C'est le sourire de Bea, qui plane comme un aigle protecteur au-dessus de chacun de ses patients, la plus douce des médecine.


« Je vous vouvoie parce que je ne vous connais pas. C'est une marque de respect. Et puis on n'a pas idée de tutoyer quelqu'un qui vous impressionne. Et vous êtes plutôt impressionnante, mademoiselle. »

Elle sourit encore, plus légère que la situation ne le permet, ses yeux pétillent derrière ses lunettes.

La femme brandit sa dague de plus belle. Avance. Bea ne bouge pas d'un pouce. Son sourire ne failli pas. Elle la regarde, et son regard s'est durci, mais de concentration, elle lui tient tête, ne la quitte pas des yeux, ses talons lui donnent exactement la même taille qu'elle. Elle fronce les sourcils devant la litanie de chiffre que lui débite la jeune femme. D'abord cette phrase dans cette langue qu'elle connaît mais maîtrise maladroitement, et maintenant ça... il y a quelque chose de plus que la blessure et le poignard. Quelque chose qui saigne, aussi, là-haut. Quelque chose qui l'intrigue, qui titille à la fois la scientifique et l'humaine en elle. Mais ce n'est pas le bon moment pour les expériences et les découvertes, pas quand la dague est presque sous son nez et qu'on lui montre les dents. Bea penche légèrement la tête avec un sourire triste.


« Je suis désolée. »

D'un bond pratiqué des centaines de fois pendant ses entraînements, elle se glisse contre le flanc de la jeune femme, attrape son poignet, le bloque dans un étau de fer. Elle connaît la bonne pression pour faire lâcher à quelqu'un son épée, et la dague ne résiste pas à cet assaut, et tombe sur le sol avec un bruit clair. Son autre bras vient entourer la taille de la jeune femme, pour la soutenir. Elle ne lâche pas son poignet.

« Je peux vous soigner mais je ne le ferai pas avec un couteau sous la gorge. »

Leur proximité lui impose de lui parler presque à l'oreille, et elle frissonne de façon absolument inconvenante à ce contact imprévu de leurs corps.

« Parce que je vais vous soigner, en dépit de vous-même. Il n'y a rien que vous puissiez faire pour vous en sortir seule, si ce n'est accepter mon aide, maintenant. Je vous en prie. Je ne veux pas que vous mourriez. »

Ses yeux brillent d'histoires achevées dans les larmes et le sang, de vies coupées trop vite, d'enfants partis trop loin, de femmes venues trop tard, d'hommes déjà condamnés. Mais elle sourit à nouveau, et ce sourire est dur. Décidé.

« Et vous ne mourrez pas. Pas tant que vous êtes entre mes mains. Je vous en fais la promesse. »

Et c'est une promesse qu'elle a rompu bien moins souvent que ses collègues.
Qu'elle n'accorde pas aussi aisément, non plus.


« Est-ce que je peux lâcher votre bras, maintenant ? »

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210


Dernière édition par Beatriz Desio le Sam 3 Jan - 12:22, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyMar 30 Déc - 23:11

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_mv8h8uiJrS1sxu7ewo1_500


Then I see your face
I know I'm finally yours
I find everything I thought I lost before
You call my name
I come to you in pieces
So you can make me whole ~

Elle rit.
Bea s'en fiche que ce soit un rire sadique.
Un rire fou.
Un rire cassé.
Elle s'en fiche parce qu'un rire, c'est humain.
N'en déplaise aux hyènes et aux bourreaux.
Le rire est ce qui arrache le nouveau-né au règne des bêtes et lui offre l'humanité.
Le rire c'est ce qui crée les fées.
C'est déjà bien, de rire.
Maintenant, il faudrait qu'elle apprenne à sourire.
Mais d'abord, elle doit vivre.

Bea se force à sourire, même si elle voudrait hurler, la secouer, parce que cette tension est insupportable, parce que le sang continue à couler, goutte par goutte sur le sol couvert d'écume rosâtre, parce que les yeux si bleus si verts comme la mer deviennent vitreux, deviennent pâles de mort, et il n'y a plus beaucoup de temps, mais elle doit rester là, à sourire, à plaisanter, à distraire, comme lorsqu'elle remet une épaule en place, comme lorsqu'elle rassemble un os, comme lorsqu'elle détache une jambe, comme lorsqu'ils sont à l'agonie et qu'ils cherchent un visage, un dernier visage à emporter avec eux, elle doit sourire, légère, ne regardez pas la douleur, ne regardez pas la mort, regardez moi et ne pensez à rien, je suis là, vous n'êtes pas seul.


« Madame. Je n'aurai pas deviné. Mais madame qui ? Moi c'est Beatriz. Bea, en général, les gens sont paresseux. »

On pourrait presque se croire au salon de thé. Ne manque que la poignée de main d'introduction. L'odeur des biscuits chauds. À entendre la voix enjouée de Bea, qui pourrait penser qu'elle joue aux dés avec la Vie et la Mort, les pires tricheuses qui soient ?

Tout va terriblement vite ensuite. Pendant un instant très bref, à peine une seconde, Bea se prend à espérer que la femme va se ranger à la raison, qu'elle va lâcher prise...
Elle n'a pourtant rien d'une optimisme forcenée, Bea.
Mais il semble que dans ce cas, elle ait bien trop d'espoir pour une cause qui paraît perdue.

Bea relâche son étreinte dès qu'elle sent la jeune femme s'agiter brutalement, non par surprise, bien qu'elle le soit, mais parce qu'il n'est pas question qu'elle malmène qui que ce soit. Sauf que pour le coup, c'est elle qui prend. Elle grimace en sentant les ongles érafler sa joue et laisse échapper un petit cri quand l'inconnue lui mord la main. Elle a autant de force dans les mâchoires qu'un chien. Elle doit avoir l'habitude.
Avant d'avoir eu le temps de riposter, Bea est jetée au sol, balancée par les cheveux. Elle ne cherche pas à résister, la femme est plus forte qu'elle, malgré son état de faiblesse, ses muscles crient sa puissance, elle a l'habitude de se battre, Bea accompagne le mouvement, roule, se redresse aussitôt, sa mère serait fière, elle danse le combat, même sans épée. Elle regarde la femme qui grogne, bestiale, sauvage, barbare, elle ne daigne pas tourner les yeux vers la dague, elle ne quitte pas son visage, méfiante, observant chaque geste avec l'acuité d'une praticienne chevronnée du corps humain, elle perce l'armure avec ses yeux, tente de deviner les mouvements.

Même quand elle parle, la femme est presque inhumaine. Les mots sont hachés. Avalés. Crachés. Ce n'est pas du langage, c'est du massacre. De la haine et de la douleur, exhumées en un souffle brisé, un souffle de mourante. Elle est proche, maintenant.
Proche de la fin.

S'il te plaît.

Les yeux de Bea brillent, frémissent, se souviennent. D'autres supplications, d'autres implorations, vaines. Chassent le souvenir.
Lentement, elle passe la main sur sa joue où perlent quelques gouttes de sang.


« Vous auriez pu penser au « s'il vous plaît » avant d'en venir aux griffes. »

Sans changer sa posture, elle désigne sa main crispée de douleur où se détachent, nettes et violacées, les marques de dents.

« Comment je vais faire moi pour vous recoudre si je ne peux pas me servir de ma main ? »

Elle a le même ton avec tous les patients violents. Tous les enfants turbulents. Ferme. Sensé. Logique. Elle n'est pas du genre à sucrer ses mots, ni à les prendre pour des imbéciles. Elle expose les faits comme ils sont. Toujours. Elle les met face à leurs responsabilités.

« Vous pouvez me balafrer le visage tant que vous voulez, je n'en ai pas besoin pour travailler. Mais sans mes mains, je ne suis rien, alors vous n'y touchez plus, c'est compris ? »

Son ton est glacé quand elle termine, mais ses yeux se sont réchauffés. C'est alors qu'elle se rend compte que d'après ce qu'elle vient de dire à l'inconnue, elle a l'intention de réessayer. Malgré tout. Apparemment des menaces de morts ne sont pas suffisantes pour faire reculer Bea. Elle n'est pas du genre à renoncer facilement, mais tout de même...

« Je ne vais pas tenter de vous maîtriser à nouveau, c'est promis. Mais si je veux être efficace, il va falloir que je vous approche. Et que je vous touche. Et je ne vous soignerai pas si vous gardez cette dague à la main. Alors, pour la dernière fois. Laissez-moi vous aider. Je vous en conjure. »

Sa voix craque légèrement sur la fin, noyée de désespoir. Cette inconnue ignore tout d'elle. Alors elle ne peut savoir la torture qu'elle impose à Bea en refusant de se laisser soigner. Elle ne peut savoir que pour Beatriz, il est intolérable de voir quelqu'un souffrir, en particulier quand elle sait qu'elle peut alléger cette souffrance. Elle ne peut savoir que son travail est sa raison de vivre, elle ne peut savoir tout ce que signifie pour elle d'être capable de soigner, réparer, apaiser les autres, non elle ne peut rien savoir, et Bea ne le lui dira pas, mais ses yeux, ses yeux le crient, ses yeux sans fin ni fond, ses yeux sans lumière mais débordant de chaleur, ses yeux qui trahissent tout, trop fort, trop vite, même quand son visage est un masque de cire.

« S'il vous plaît. »

La femme la regarde dans les yeux. Quelque chose se passe. Elle ignore quoi, mais des frissons de plus en plus nombreux, de plus en plus rapides, incompréhensibles, incontrôlables, s'éparpillent le long de son dos, au creux de son ventre. Elle observe, incrédule, immobile, la jeune femme baisser son arme, s'avancer, la poser, et se poster devant elle. Calme. Presque sereine. Sans hésitation, quand elle accepte.

Bea ferme un instant les yeux de soulagement, enfin, elle a dit oui – folle, pauvre folle, fermer les yeux devant un animal sauvage, c'est pire que lui tourner le dos – et en effet, quand elle les ouvre, la bête passe à l'attaque.
Mais ce n'est pas de l'acier qui vient à la rencontre de son visage. Ni même des griffes.
Ce sont des lèvres.
Bea est si surprise qu'elle entrouvre la bouche, peut-être pour crier, peut-être pour dire non, elle lève les bras, ses mains saisissent les épaules de la jeune femme, mais elle ne la repousse pas, pas tout de suite, la langue qui se glisse contre la sienne est douce, les lèvres sont douces, la peau est douce, le parfum est tendre, tout est à l'envers chez cette femme, elle s'attendait à des crocs, à des pics, à des épices et du feu, et oui ils sont là, en veille, mais quelque chose les tient en respect, quelque chose qui tient peut-être à la façon dont elle est étreinte par cette jeune femme, comme si elle était une tour de lumière dans la tempête, dernier rempart contre la mort et l'oubli, et la tête lui tourne sous ce baiser qui lui fait ressentir des choses qu'elle ne devrait pas ressentir, et –

Elle la repousse.
Et la retient dans ses bras, avant qu'elle ne tombe au sol.

Ses lèvres la brûlent, mais elle n'a pas le temps de se préoccuper de cela pour le moment.
Avec une douceur que l'inconnue ne mérite pas vraiment pour l'avoir brutalisée tout à l'heure – mais Bea n'est pas là pour dire qui mérite quoi que ce soit, et d'abord, le mérite, dans son monde, ça ne veut rien dire, il n'y a ni récompense pour les bons, ni punitions pour les méchants, et bien malin saurait deviner qui est qui, et pour elle Siobhan est à sauver, pas à châtier – elle l'allonge sur le sol, guidant sa tête pour qu'elle ne se blesse pas, et elle garde ses mains autour du visage de la femme pendant qu'elle lui murmure avec un sourire:


« Vous êtes une bien étrange personne. »

Elle se redresse, et continue à parler tout en défaisant le nœud de son pull:

« Mais comme j'aimerai autant que le baiser que vous m'avez volé ne soit pas votre dernier, vous allez essayer de vous tenir tranquille deux secondes et me laisser travailler, d'accord ? »

Elle place le pull gorgé de sang derrière la tête de la jeune femme, pour la mettre plus confortable – ses cheveux vont être dans un sale état, mais elle n'est plus à ça près – et examine enfin la blessure.
Grimace.
Mais se sent en même temps soulagée.
C'est laid, c'est large, mais ce n'est pas très profond, et par chance extraordinaire, aucun organe vital n'est touché, par d'artère majeure. La plaie est propre, nette, pas de corps étrangers, rien d'aspect douteux.
Et surtout, c'est réparable.
Bea exhale lentement.
Elle peut le faire.

Beatriz ne serait pas une véritable professionnelle si elle n'était pas capable de faire abstraction de tout ce qui pourrait la perturber dans son travail, et elle possède une capacité à mettre de côté ce qui la gêne proprement admirable (au point d'être effrayante). En quelques secondes, elle rejette l'étrangeté de cette situation, le stress, l'effroi. Il n'y a plus qu'elle, le patient, et un cas comme un autre, qu'elle va résoudre.
D'un geste vif et précis, elle retire sa blouse, la presse contre la plaie. Il est temps d'arrêter cette hémorragie. Elle se remet à parler à Siobhan, pour être certaine qu'elle reste consciente.


« C'est une blessure impressionnante que vous avez là. Comment est-ce arrivé ? »
Spoiler:
 

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyMer 31 Déc - 21:35

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_nhf107OJQc1rlxjzgo1_500


Your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty in the moonlight overthrew you
She tied you to a kitchen chair
She broke your throne, and she cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah



Bea se tend, tout son corps en alerte, et si ses mains ne cessent pas leur délicat travail d'orfèvre de la chair, si ses yeux ne quittent pas la plaie qui s'amenuise sous ses doigts, elle est entièrement concentrée sur Siobhan, sur sa réaction, sur le coup qui va peut-être venir et ne la prendra pas au dépourvu. Mais rien ne vient. Ce ne sont que des mots. Elle sourit pour elle-même, ravie de constater qu'il y a un brin de bon sens, même menu, sous cette étrange caboche dont le fonctionnement continue de lui être complètement opaque.
Même si certains indices lui ont probablement permis de deviner davantage que la plupart des gens sur cette complexe jeune femme qu'est Siobhan.
Bea peut être distante, sévère, implacable, mais elle comprend les gens. Elle les côtoie dans la naissance, la souffrance, la joie, la maladie, la mort. Elle les connaît bien.
C'est pourquoi elle répond d'une voix douce et posée sans la moindre trace de dépit:


« Pour être honnête ça m'est bien égal que vous me fassiez confiance ou non. Tant que vous me laissez faire mon travail. »

Elle émet un petit bruit de langue désapprobateur quand elle sent les muscles abdominaux de Siobhan se contracter au moment où la jeune femme tente de relever la tête, puis secoue la sienne avec un petit rire de gorge quand elle lui déclare, butée, qu'elle aurait pu se soigner elle-même.

« Curieusement, je n'en doute pas. Mais comme jusqu'ici vous m'avez semblé plus prompte à taillader qu'à recoudre, je préfère miser sur mon talent plutôt que le votre. Peut-être que je ne vous fais pas confiance, moi non plus. »

Peut-être ? Quel bel euphémisme. Elle s'autorise un bref regard sur ses mains, moins agiles qu'à l'accoutumée, elle ressent déjà les crampes dues aux morsures qui se détachent nettement sur sa peau mi sable mi olive. Par automatisme, elle passe sa langue sur l'intérieur de sa joue, là où de l'autre côté, bien visible, Siobhan a laissé le baiser de ses griffes. Non, elle ne lui fait pas confiance. Et pourtant, elle est dans sa maison, pas même attachée ni endormie, elle est là, désarmée, mais a déjà prouvé qu'elle n'avait pas besoin d'armes pour faire souffrir, elle est là et elle pourrait lui sauter à la gorge tandis que les mains de Bea sont trop occupées pour l'aider à se défendre, quand sa tête penchée sur son travail la rend vulnérable à un assaut imprévisible.
Elle ne lui fait pas confiance, et pourtant elle lui donne la flèche et se fais une croix sur son cœur pour l'aider à viser.

C'est elle qui est folle.

Elle continue d'émettre de légers bruits de protestation chaque fois que Siobhan tente de bouger, ronchonne qu'à cause d'elle ses points de suture vont ressembler à ceux d'un étudiant myope et manchot, et elle achève juste le dernier point lorsque les mots lents et tristes de la jeune femme lui font tourner la tête. Elle fronce les sourcils, ouvre la bouche pour répondre, hésite un instant, puis secoue la tête, coupant le fil et désinfectant de nouveau la plaie légèrement avec une compresse de gaz imbibée de bétadine. Elle revint vers la jeune femme pour la regarder droit dans la yeux quand la plaie fut enfin nette.


« Ce que je vous ai fait ? Je vous ai sauvé la vie. Pour les détails, ceci est une suture de rapprochement, pour éviter qu'il n'y ai trop de tension au niveau de la plaie. Je me suis dit puisque vous ne pouviez pas tenir en place, il valait mieux s'assurer que vous n'alliez pas faire sauter vos fils tout de suite. Ils sont résorbables, au passage, c'est-à-dire uniquement organiques et vont disparaître naturellement au bout de quelques jours. »

Elle parcoure son énorme sac de guérisseuse avant d'en extraire un flacon d'une couleur légèrement solaire et un petit verre doseur. Elle verse le contenu du flacon en mesurant précisément la dose, et le pose à ses côtés. Elle retire enfin ses lunettes, se frotte les yeux et l'arrête du nez, puis regarde Siobhan de nouveau.

« Si, en revanche, vous voulez savoir comment vous vous êtes retrouvée ici, rassurez-vous, je ne vous ai ni assommée, ni droguée, et si vous aviez eu le bon sens de me laisser vous aider avant que la douleur ne soit trop intense et que vous ne perdiez trop de sang pour pouvoir rester consciente, vous n'auriez même pas à me poser cette question. Vous avez été très imprudente, mademoiselle. Madame. »

Elle lui sourit, toujours prompte à comprendre les réactions négatives des patients, mais même si elle se montre rassurante et chaleureuse, elle n'est pas du genre à amadouer, à dorloter. Ses mains sont douces, mais fermes et précises. Ses mots sont francs (durs), mais sensés et ouverts. Ses méthodes ne sont pas toujours orthodoxes. Mais personne ne conteste son efficacité, son talent ou son dévouement. Elle lève le flacon qu'elle vient de reprendre dans sa main pour le lui montrer:

« Je doute que je sois capable de vous faire avaler quelque chose de plus fort, mais ceci est à la fois un anti-douleur et un anti-inflammatoire. De la simple huile d'olive pure. Pas de drogue, pas de calmants, rien qu'un bon vieux remède gentiment accordé par Mère Nature. Vous voulez bien me faire le plaisir de le boire ? »

Elle laisse le flacon près de la main de Siobhan, se doutant que la femme préférera le prendre d'elle-même plutôt que quelqu'un l'aide à verser le liquide dans sa bouche, et revient à sa blessure. Les sourcils à nouveau froncés, elle remarque ce que sa concentration lui a fait mémoriser tout à l'heure sans prendre conscience de ce qu'elle voyait. Presque inconsciemment, elle laisse ses doigts glisser sur le ventre de Siobhan ses flancs, la bouche légèrement entrouverte tandis qu'elle compte, examine, comprend. Alors qu'elle trace le contour d'une cicatrice particulièrement agressive, elle murmure à mi-voix:

« Celles-ci sont plus anciennes. »

La question est informulée, mais elle n'a de toute façon pas le loisir de la poser. La jeune femme lui prend la main et la ramène sur ses genoux, et Bea suit son mouvement du regard quand elle va jouer avec ses cheveux blonds, et intervient sans réfléchir quand Siobhan s'arrache de nouveau une mèche. Elle glisse ses doigts dans ceux de sa patiente, lui tient la main.

« Arrêtez ça, voulez-vous ? Ce serait dommage de gâcher de si jolis cheveux. Et je n'ai pas de belle perruque à vous proposer en échange, rien qu'une peau d'ours. Et une peau d'ours, vraiment, ça ne se compare pas à de belles boucles d'or, vous ne croyez pas ? »

Elle lui sourit, sent sa gorge se serrer par quelque chose d'indéfinissable, et détourne le regard avant que les yeux trop intenses et trop tumultueux de cette belle étrangère ne fasse chavirer son petit monde soigneusement construit, s'effondrer ses défenses souriantes et discrètes que l'on ne remarque pas avant de s'empaler sur les épines. De son autre main, elle vient cependant repousser une mèche rebelle tombant contre la bouche de Siobhan, et la pose doucement sur son épaule pour l'inciter à se rallonger.

« Il faut vraiment essayer de se reposer, maintenant. »

Les mains de Bea quittent le corps de Siobhan quand celle-ci lui demande de la laisser partir. Pour quelques secondes, elle reste à la regarder, assise sur ses talons, mains sagement posées à plat sur ses genoux à présent, mais ses doigts s'agitent, tout comme sa bouche, qui s'agace, qui refuse, qui ne comprend pas cette obstination à mourir, qui ne comprend pas cette obstination à se blesser. Une poignée de souvenirs se ravivent à sa mémoire, grains de sable parasites qui perturbent son jugement.

Elle repense à une autre femme encore jeune qui n'avait plus de raison de vivre après la mort de son mari.
Pas même pour ses enfants.
Elle repense aux nuits passées à dormir devant la porte de la chambre de cette femme qu'elle appelait Mama pour s'assurer de sa respiration régulière.
Elle repense à la fouille de tous les tiroirs et de toutes les cachettes pour se débarrasser des objets tranchants.
Elle repense à une corde qu'elle dénoue autour d'une nuque bleuie qu'on n'a pas réussi à briser.
Elle repense à la nuit où elle a suivi sa mère jusqu'au fleuve et l'a regardée s'enfoncer sous les eaux de glace. Elle repense au moment où elle a plongé pour la suivre encore, jusqu'au bout, au froid qui s'est refermé sur sa maigre poitrine de gamine de treize ans, aux supplications et aux appels à l'aide qu'elle lançait entre deux gorgées d'eau (elle n'a jamais pu se résoudre à apprendre à nager après cette nuit-là).
Elle repense aux yeux écarquillés d'horreur de sa mère et à la promesse de ne jamais, jamais recommencer.
Promesse qu'elle avait tenue.
Promesse qui lui faisait parfois demander à sa fille d'abréger ses souffrances quand elle ne pouvait le faire elle-même.

Lentement, Bea range son matériel, replie avec méthode et minutie ses lunettes, va les déposer sur son bureau, et retourne s'asseoir en tailleur près de Siobhan.


« Je ne vais pas vous forcer à rester, si c'est ce que vous croyez. Vous pouvez partir. Si vous réussissez à vous levez et à marcher jusqu'à cette porte. Ce dont vous seriez sans doute capable, Siobhan, puisque vous m'avez l'air d'une dure à cuire, pas vrai, le genre à tenir ses tripes dans une main pendant que de l'autre on tranche la tête d'un ennemi. Et je comprends. Je comprends que vous n'ayez envie d'avoir confiance en personne, de ne rien devoir à personne, de ne dépendre de personne. Seule contre le reste du monde, pas vrai Siobhan ? Et ça vous a tellement bien réussi, jusqu'à maintenant. Alors je vous propose autre chose. Un essai. Une nuit. Vous essayez, pendant une nuit, de ne pas jouer les têtes de mule et de me croire quand je vous dis que vous n'allez pas pouvoir faire deux pas dehors sans vous effondrez. Que vous avez besoin d'un peu de temps pour vous remettre de cette blessure. Essayez juste, pour une nuit, de faire un peu confiance à quelqu'un. »

Avec un soupir, et une douloureuse hésitation, Bea se rapproche de Siobhan, s'allonge presque à côté d'elle, son visage si près du sien que leurs nez pourraient se toucher.

« J'aurai pu vous droguer. J'aurai pu vous assommer. J'aurai pu appeler des renforts, j'aurai pu vous laisser mourir, j'aurai pu vous garder à l'hôpital. Je n'ai rien fait de tout cela, alors que vous ne m'avez vraiment donné aucune raison de vous faire confiance. J'ai pris le risque, et vous voilà sauvée. Mais ça ne durera pas tant que vous ne prenez pas un risque vous aussi. S'il vous plaît. Je ne vous demande rien, ma seule récompense c'est de voir mes patients guérir. C'est la seule chose que je veux de vous. Vous voir en pleine forme. Alors s'il vous plaît, pour la dernière fois. »

Elle hésite si longuement que c'en devient une torture, mais elle ne sait plus comment l'atteindre, comment parler son langage, comment lui faire comprendre, et finalement elle se décide, elle se lance à nouveau, prend un autre risque (qui aurait su qu'elle pouvait être si téméraire), ferme les yeux, exhale un souffle tremblant, et pose ses lèvres douces sur les lèvres meurtries de Siobhan.
Ce n'est pas un baiser proche de la passion qui a été ressentie tout à l'heure.
Mais il contient tout autant de désespoir.
Et une grande douceur. Un soutien. Un espoir.
Bea se recule et laisse ses doigts glisser sur la joue de Siobhan, fantômes de tendresse.


« Laissez-moi vous aider ? Restez ici. Une nuit. Et après, vous verrez. »

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyDim 11 Jan - 22:12

[quote="Siobhan O'Meara"]

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_nfvgslXrj71sxyjo8o1_500
« I'm friends with the monster that's under my bed. Get along with the voices inside of my head. You're trying to save me, stop holding your breath. And you think I'm crazy. »




Siobhan laisse sa tête retombé sur le sol. Elle ferme les paupières un instant, parce que malgré la tension qui règne dans son corps, il y a une petite voix dans sa tête qui lui murmure que Beatriz n’est pas une menace. Mais la jeune femme n’est pas dupe. Le monde entier est dangereux. Les êtres humains ont l’arme la plus fatale qui existe. Les mots. Meurtrière. Monstre. Il suffit que quelque mots, de simple petites lettres, pour détruire une personne de l’intérieur, et la faire imploser. Et Siobhan se regardait déjà dans le miroir comme si elle n’avait jamais été assez, comme s’il n’y avait rien à sauver chez elle. Et Mère n’avait pas eu besoin d’autre arme que les mots. Tu n’es pas ma fille. Sekhmet est pareille. Elle utilise la langue avait plus de talent qu’un lanceur de couteau. Pourquoi Beatriz serait différente, pourquoi aurait-elle besoin de se munir d’une arme, alors qu’elle a l’air de savoir se servir des mots. Il suffirait de trouver ceux qui résonnent en elle pour la blesser. Si c’est encore possible. Peut-on réellement faire du mal à un cœur qui ne bat plus, un cœur trop fracturé pour être réparé ?

[list]« Siobhan. Pas mademoiselle. Pas madame. Siobhan. »[list]

Mademoiselle, c’est l’innocence qu’on lui a volée. Madame, ce ne sont que des blessures qu’on lui a imposées et des choix que l’on lui a retiré. Siobhan, c’est ce qu’il reste d’elle, ce qu’il reste de l’enfant, de la petite fille qui courrait en riant, Siobhan, c’est ce qu’il reste d’avant. Et c’est la seule chose qu’elle veut encore être, si elle doit être quelqu’un. Monstre. Pauvre petite Siobhan. Douce, douce Siobhan. Elle a tout été, a été associée à tout, mais elle est toujours restée Siobhan. Et c’est la seule chose qui compte pour elle. Elle tente de sortir de ses pensées et fixe le verre que Beatriz vient de poser à coté d’elle, et le repousse doucement pour ne pas le renverser. Elle n’a pas confiance, elle l’a dit clairement, et elle n’avalera absolument rien de ce que pourrait lui donner la jeune femme. Elle sait qu’elle doit se reposer, elle sent dans son cerveau un rythme qui bat la mesure. Mais elle ne veut pas, pas ici, si seulement elle pouvait aller jusqu’à son atelier, elle dormirait bien plus tranquillement. Mais ici, elle est fragile, elle n’a pas d’arme, pas de force et pas non plus la volonté de lutter contre la femme qui la regarde de ses yeux si foncés qu’il lui semble qu’il voit à travers son âme. Mais elle est tellement fatiguée, tout son corps se ligue contre elle, malgré la tension qui crispe douloureusement ses muscles, y compris ceux de son ventre. Sa bouche parle, mais son cerveau n’est pas vraiment connecté, et elle laisse les mots s’échapper dans un murmure, comme un secret. Mais après tout, il s’agit vraiment d’un secret.

    « Vous avez raison. Je ne veux pas mourir. Mais pas parce que j’ai encore un espoir que ça aille mieux, et que je trouve un raison de mettre un pied devant l’autre. Elle soupire profondement et ferme les paupières. Je ne sais pas comment c’est la mort. De ce que j’en ai vu, ça n’a rien de paisible. Les yeux de Damien, empli de douleur et de terreur, qui la fixe, encore et encore. Les yeux de Damien, vitreux, mais pas en paix. Et elle admet dans un soupir encore plus bas. Si mourir, c’est comme vivre, mais éternellement. Alors non, je ne veux pas mourir. »


C’est comme si son pouls battait derrière ses paupières. Elle rouvre les yeux et regarde Beatriz s’allonger à côté d’elle, comme si elle n’était pas un danger. Pourtant mes marques rouges qui ornent sa joue et celles, violacée sur ses mains prouvent le contraire. Siobhan est un animal sauvage. Et elle fera tout pour fuir les barreaux d’une cage qui se referme sur elle. Elle veut la repousser, lui dire que ça ne sert à rien de la supplier, encore, qu’elle ne changera pas d’avis. Une nuit, c’est déjà bien trop à vivre en captivité. Mais avant que les mots ne puissent se former dans son esprit fatigué, les lèvres de Beatriz se posent sur les siennes. Son souffle se bloque dans ses poumons un instant, et elle ne comprend pas pourquoi son ventre se tord, comme si une nuée de papillon venait de s’envoler. C’est laid les papillons. C’est trop beau pour qu’elle puisse apprécier. Elle ne comprend pas cette sensation, et elle lui fait peur, tout comme Beatriz lui fait peur. Qui pourrait penser que derrière cette guerrière aux flèches aussi aiguisées que sa langue, à l’armure aussi épaisse que les murs qui entoure son cœur, se cache une peur abominable de tout ce qui se trouve autour d’elle. Si elle fuit le monde entier, c’est parce qu’elle ne le comprend pas, parce qu’il lui a fait tellement de mal qu’elle ne cherche plus à le comprendre. Et ce qu’elle ne comprend pas l’effraye. Ses paupières se ferment à nouveau quand les doigts de la jeune femme caressent sa joue, avec la douleur d’une plume. Elle secoue la tête à la négative à nouveau. Elle n’a pas besoin d’elle. Elle n’a pas besoin de rester ici. Elle veut partir, retrouver Sekhmet et lui ouvrir le ventre.

    « Vous embrassez tous vos patients ou est-ce que je suis une exception ? »


Un lèger sourire flotte sur ses lèvres pâles. Mais il n’y a rien de vraiment sérieux dans sa question, car elle connait déjà la réponse. Ses yeux s’ancrent dans le regard de Beatriz. Sa main se pose sur la taille de la jeune femme, contre sa hanche, et son ventre réclame les lèvres si douces qui la tentent tellement. Juste une fois, réclame son corps. Une dernière fois avant de partir. Elle a besoin de retrouver ces lèvres, une toute dernière fois. Sa main se serre sur la hanche de la jeune femme, l’attire plus près d’elle. Elle peut sentir son parfum enivrant, l’émeraude de son regard brille de la même sensation qui fait vibrer son corps.

    « Beatriz. »


C’est à peine un murmure. Mais si près de l’autre femme, elle est sûre qu’elle l’entend. Et ses lèvres se posent contre celle de la femme une nouvelle fois. La main posée contre sa taille remonte le long de son dos et vient de perdre dans les cheveux noirs de Beatriz, l’attire contre elle, tandis que ses lèvres se moulent contre celles qu’on lui offre, elle mordille délicatement la lèvre inférieur de Bea, et elle tente inconsciemment de se tourner, pour être encore plus près de l’autre femme. C’est un baiser plein de passion, mais plein de douceur. Et quand sa langue vient caresser les lèvres de Beatriz, lui demandant l’accès à sa bouche, son cœur bat une fois, deux fois, et elle recule, comme mordue par un serpent.

    « Je dois partir. »


La peur se lit dans son regard, mais avec une détermination sans faille, elle tente de se redresser, plusieurs fois, sans succès, avant de basculer sur le côté, ce qui lui arrache un grognement de douleur, avant de pouvoir prendre appui sur ses bras et de se lever. Elle reste pourtant debout sans bouger pendant de longues secondes, tandis que sa tête lui tourne et que ses jambes tremblent. Ses poings se ferment pour lutter contre la douleur qui remonte en vague depuis son ventre, et elle pose un pied devant l’autre comme elle a toujours fait. Un pas après l’autre. Pas plus vite. Mais ses jambes ne sont pas stables, et elle vacille, se rattrape. Et avance encore. Elle est presque à la porte quand ses jambes se dérobent sous elle, et elle tombe à genoux, se rattrape difficilement et grince des dents de douleur. Cette douleur si forte qu’elle pourrait s’en arracher la peau. Dans sa chute, son haut remonte sur son dos, découvrant les cicatrices qui l’orne. Elle grogne et d’une main tremblante, tente de réajuster son haut pour cacher son corps. Beatriz en a déjà trop vu. Elle rampera s’il le faut, mais elle sortira d’ici ce soir. Peu importe la douleur, les blessures, peu importe si elle en meurt, elle ne restera pas ici. Les paumes collées le sol et les genoux douloureux, elle regarde la porte comme si sa vie en dépendait. Elle pose son front contre le sol froid, son corps tremble plus que jamais. Elle ne veut pas qu’on ne l’enferme pas de nouveau, pas comme ça, pas si vulnérable.

    « Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck. Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck. Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck. Fuck. Trois. Neuf. Vingt-sept. Idiote. Stupide, stupide Siobhan. Quatre-vingt-un. Sekhmet avait raison. Douce Siobhan, maman a dit. Pauvre, pauvre Siobhan, papa a dit. Deux cents quarante-trois. Court, Siobhan. Fuit. »


Elle continue à compter en chuchotant, oubliant où elle se trouve, avec qui elle se trouve. Elle veut tout oublier et se perdre dans l’abîme qu’est son esprit. Et sa main continue a tiré sur son haut pour qu’il recouvre son dos, même si c’est fait, depuis longtemps. Et elle compte encore. Toujours. Jusqu’à ce perdre dans les nombres.

____________________________

I walk a lonely road
The only one that I have ever known
Don't know where it goes
But it's home to me and I walk alone
I walk this empty street
On the boulevard of broken dreams
Where the city sleeps
And I'm the only one and I walk alone

« Si mourir, c’est comme vivre, mais éternellement. Alors non, je ne veux pas mourir. »

Bea ne dit rien pendant longtemps. Ses doigts s'enroulent autour de la petite fiole que Siobhan a délaissée – quelle surprise – pressent et relâchent, pressent et relâchent, tandis que ses pensées s'agitent.
Pour elle, il n'y a pas le moindre doute.
Derrière le voile de la mort, il n'y ni Enfer ni Paradis qui attendent les malheureux.
Il n'y a rien.
Pas même l'obscurité. Pas même le vide.
Le rien.
Le non-pensable.
L'inconcevable.
Pour beaucoup, c'est peut-être plus terrifiant que le purgatoire éternel.
Bea, elle, considère que l'on ne peut pas logiquement craindre ce qui est impensable. On ne peut pas craindre ce qu'on ne peut comprendre, ce qu'on ne connaîtra jamais puisque notre conscience sera anéantie.
Avant, elle croyait à quelque chose.
Il y avait beaucoup de résidus de vieille religion à Alba, envahissant les foyers comme la saleté rampante des mines. Isaya s'était toujours moquée de cette atmosphère bigote, mais avait accepté, à contrecœur, que ses enfants soient baptisées et emmenés à l'église par leur père bien plus admiratif des quelques vitraux qui avaient subsistés plutôt que des mots menteurs de la Bible. Mais ni l'impiété de leur mère, ni le naïveté de leur père prise entre scepticisme et volonté d'y croire ne les avait influencés. Ils devaient faire leur propre chemin, bâtir leurs propres croyances, ou incroyances. Jusqu'à l'âge de 13 ans, Bea priait beaucoup. Elle aimait les églises et les orgues, les cloches et les chants, elle aimait les histoires terribles et prodigieuses, les miracles et les décapitations, c'étaient ses contes de fées à elle, ceux qui donnaient des cauchemars et apprenaient à être fort. Elle n'avait sans doute pas tiré des Saintes Écritures les leçons qu'elle était supposée retenir, elle avait fait son propre catéchisme où les baleines qui avalent des hommes et les danseuses orientales qui demandent la tête des saints et les serpents tentateurs étaient les véritables héros de l'histoire, et pas cet homme trop humble aux cheveux longs qui se disait fils de Dieu.
Puis à 13 ans son père était mort.
Sa mère s'était effondrée comme les statues de sel de Sodome et Gomorrhe.
Et elle avait arrêté de prier les anges.


« Je n'ai certes pas le pouvoir de vous faire changer d'avis sur la mort, Siobhan, mais j'espère en revanche pouvoir un jour vous montrer que la vie n'a pas à être subie dans la souffrance. »

Son regard est toujours lointain quand elle poursuit, son index traçant distraitement la nette cicatrice découpant sa lèvre supérieure.

« La vie n'a pas à être subie du tout, d'ailleurs. Elle doit être prise. La plupart des gens mettent du temps avant de le comprendre. Et quand ils le font, ils confondent prendre et voler. »

Maintenant, elle regarde Siobhan. À la lumière du feu, ses yeux brillent comme de l'or liquide au lieu de luire comme la dure obsidienne qui les caractérise au contact du jour. Elle la regarde et veut la retenir, pour une raison qui lui est parfaitement inconnue elle sait qu'il est vital, essentiel, nécessaire qu'elle la retienne, et pas seulement parce qu'elle pourrait mourir, mais parce qu'elle pourrait disparaître dans la poussière. Elle ne sait pas pourquoi elle tente ce geste fou de poser à nouveau ses lèvres sur les siennes, le premier baiser l'avait déjà tellement choquée, mais elle le fait quand même, et elle se donne comme elle le fait toujours dans la vie, entièrement, fougueusement, absolument – seulement pour une poignée de secondes, une minute ou un mois, mais jamais pour toujours. Elle se s'empresse de reculer, mais ses doigts restent sur la joue de Siobhan se glissent dans ses cheveux, et elle rit, gênée, incrédule, quand la jeune femme fait preuve d'humour pour la première fois depuis ce soir.

« Vous m'avez perturbée. Je n'ai pas l'habitude d'être embrassée par mes patients après avoir eu un couteau sous la gorge. Vous me faites faire n'importe quoi. Vous êtes très certainement une exception, Siobhan, je pense ne pas exagérer en vous avouant n'avoir jamais rencontré quelqu'un comme vous. »

Elle cligne des yeux, détourne légèrement la tête, essaie de ne pas se montrer trop vulnérable, inspire puis revient vers Siobhan, son regard toujours aussi intense, pressant.

« Et puis je ne sais pas comment vous faire comprendre... »

...Que vous devez rester ici.
Elle n'achève jamais sa phrase, Siobhan venant lui voler un nouveau baiser – est-ce vraiment du vol quand il est rendu si volontiers – et l'alarme retentit enfin dans son cœur, elles sont en train de franchir une ligne, la première fois pouvait être une honorable erreur, la seconde une compréhensible nécessité, mais là il ne s'agit que de plaisir, et cette rencontre commence décidément à ressembler au plus étrange et au plus inattendu des coups de foudre, et Bea ne donne pas dans ce genre de romance-là, dans le sentimental qui fleure la magie ou le destin et tous ces grands tropes de l'amour et du désir, Bea elle n'accepte que la légèreté et l'éphémère, le rire et le sexe mais pas le drame et l'attachement, et embrasser cette inconnue qui a failli mourir dans ses bras comme si la fin du monde allait leur tomber dessus dans une heure, c'est une entorse à ses règles. La main de Siobhan est brûlante sur sa hanche, son nom est incandescent sur ses lèvres, elle est en train de s'adonner au comportement le plus incompréhensible de sa vie.


« Siobhan, ce n'est... »

Sa respiration se coupe et se transforme en lourd soupir quand les dents de la jeune femme s'enfoncent délicatement dans sa lèvre et sa main dans ses cheveux et pendant un instant elle oublie complètement pourquoi ce baiser est une très mauvaise idée et sa main se presse contre la joue de Siobhan pour l'attirer davantage vers elle.

Elles se séparent toutes deux au même instant, frappées par la même électricité, mais pas la même crainte.

« Je dois partir. »

Bea se surprend à hocher la tête, comme si elle avait soudainement tout oublié de leur situation et qu'il s'agissait d'une autre de ses rencontres trop intenses où elle pressent qu'il vaut mieux y mettre un terme au plus tôt avant que cela n'aille plus loin, puis elle écarquille les yeux, retrouvant ses esprits loin des lèvres de Siobhan et secoue la tête.


« Non attendez ce n'est vraiment pas une bonne... »

Elle regarde les efforts de Siobhan pour se redresser, soupire, hésite à intervenir, pour l'aider ou la forcer à se rasseoir, elle l'ignore, puis finalement décide de la laisser se démerder toute seule, si elle veut être stupide et têtue, c'est son problème, qu'est-ce qu'il lui prend de continuer à vouloir aider cette fille qui n'arrête pas de la perturber de toutes les façons quand elle n'est pas en train d'essayer de la tuer ou de se tuer, ça la dépasse, elle sait qu'elle a un énorme complexe héroïque, mais tout de même, il y a des limites à toute folie...

Quand Siobhan chute, elle ferme les yeux, son cœur se serrant en entendant le grognement de douleur de la jeune femme.


« Idée, » achève t-elle enfin dans un murmure.

Elle se lève en secouant la tête avec dépit, et s'agenouille près du corps agité de convulsions de Siobhan.


« C'était la chose la plus stupide que j'aie jamais vue, bravo. Vous allez continuer longtemps comme ça ou finalement vous rendre compte que la chose intelligente à faire est de rester tranquille ? »

Elle pose une main douce et apaisante sur le dos de Siobhan juste entre ses omoplates, mais ne tente pas d'empêcher ses contorsions pour ajuster ses vêtements. Au contraire, de son autre main elle rabat prestement le haut pour cacher de nouveau les cicatrices. Elle écoute la litanie de Siobhan, les sourcils froncés, sa peau est brûlante, elle est sans doute saisie de fièvre, il faut absolument qu'elle boive cette huile parce que Bea ne sait pas comment elle parviendra à la convaincre de se faire traiter pour une infection si elle a déjà tant de mal à seulement la persuader de s'allonger et dormir. Finalement elle craque et gronde d'une voix ferme, la voix réservée à ses trois adorables voyous de frères quand ils se montrent particulièrement difficiles:

« Siobhan stupide, Bea a dit. Reprenez-vous un peu, vous êtes en train de vous laisser emporter par la fièvre. Vous vous rendez bien compte que vous n'allez jamais pouvoir passer cette porte toute seule, et il est hors de question que je vous envoie crever dans le froid. Je vous ramène sur la couverture, vous allez dormir ici, tant pis si ça vous déplaît, vous n'aurez qu'à me trancher la gorge demain matin, si vous réussissez à faire deux pas sans vous effondrer comme un arbre. Allez, aidez-moi maintenant, je ne suis pas Atlas. »

Elle glisse ses bras sous ceux de Siobhan, la redresse en douceur, et toujours avec délicatesse, avec bien plus de gentillesse qu'elle ne met dans ses paroles, elle la guide jusqu'aux couvertures devant le feu, moitié portant, moitié traînant, et l'allonge finalement avec un soupir de soulagement et un petit rire.

« Vous n'êtes pas bien lourde, mais malheureusement je joue dans la catégorie poids-plume... »

Elle remet ses cheveux en place en un geste machinal, et ses yeux tombent de nouveau sur la fiole d'huile. Elle la saisit, et la met devant les yeux de Siobhan.

« Ceci n'est pas du poison. C'est un anti-inflammatoire, pour éviter que votre blessure ne s'infecte et faire baisser la fièvre. Et c'est le plus léger anti-douleur que je possède, rien qui ne puisse ressembler à une drogue. Vous voulez une preuve ? »

D'un geste vif, Bea porte la fiole à sa bouche et en vide le contenu. Elle reprend son sac, trouve une autre fiole, la remplit d'huile d'olive, même dose que la précédente, et la tend à Siobhan avec un sourire.

« Quand j'étais enfant ma mère nous en faisait boire à chaque début d'hiver, en prévention. C'est rare d'en trouver ici, encore plus à Alba, d'où je viens, mais dès qu'elle mettait la main dessus, la maison sentait l'huile d'olive pendant des jours, elle l'utilisait même pour les shampoings. »

Son sourire est blessé par les épines familières des souvenirs, mais elle s'efforce de le tenir aussi longtemps que possible.

« En parlant de shampoing, est-ce que vous voulez vous nettoyer un peu avant de dormir ? On ne peut pas mettre de l'eau sur cette blessure avant deux jours, mais on peut faire quelque chose pour le reste. Je parie que vous en avez un peu marre de l'odeur du sang. »

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyJeu 22 Jan - 20:18

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_niji9nQG3e1u317fpo1_500


Her fight and fury is fiery
Oh but she loves
Like sleep to the freezing
Sweet and right and merciful
I'm all but washed
In the tide of her breathing


~ ~ ~

Ce qui est difficile quand on est confronté à des gens qui n'ont d'autre choix que d'altérer la réalité pour qu'elle se conforme à la forme de leur pensée et rassure les battements hasardeux de leur cœur, c'est de savoir jusqu'à quel point il est nécessaire d'essayer d'entrer dans cette réalité autre, de percevoir différemment, de comprendre et de partager, et à quel moment il faut taper du pied et refuser de se laisser entraîner pour ne pas tout simplement les aider à se noyer plutôt que de les faire sortir de l'eau comme c'était notre intention au départ.
Bea, au cours de sa courte mais intense carrière, a été confrontée à plusieurs cas de folie, d'hystérie, de simples délires passagers, de tocs, d'accrocs dans cette belle phrase de la normalité qui ne veut rien dire, qui n'est qu'un idéal abstrait, le point parfait vers lequel tous tendre sans savoir qu'il n'existe pas et n'a jamais existé.
Les patients ont défilé sous ses yeux, sous ses doigts, elle en a comprit certains, d'autres lui sont restés des mystères impénétrables, mais aucun d'entre eux n'a connu un geste de rejet de sa part. Aucun d'entre eux ne l'a vue renoncer, même quand ses collègues s'arrachaient les cheveux sur les cas impossibles, même quand les rares spécialistes qui s'intéressaient encore vaguement à la complexité de la psyché humaine décidaient de baisser les bras devant la fatalité d'un cerveau opaque.
C'est peut-être parce qu'elle n'y connaît rien, Bea. Elle n'a pas de grandes théories à appliquer, elle ne se prend pas la tête pour différencier la névrose de la psychose, elle ne va pas se masturber la nouille à jouer les savants et donner de pompeux diagnostics terminant en « phrénie » et « isme ». Non, elle regarde. Elle observe. Elle apprend. Elle ouvre. Elle ouvre et accepte l'autre en elle. Et par de petites actions, par de petites attentions, elle fait des progrès, tout doucement. Non, Olivia ne fait pas de réactions allergiques au coton, elle ne supporte pas la couleur bleue des serviettes et des chemises d'hôpital. Non, le petit Jérémie ne souffre pas du syndrome de Tourette, s'il n'arrête pas de retrousser les lèvres et de grogner c'est parce que son chien lui manque et il l'imite quand il a peur ou qu'il est triste. Vous auriez dû regarder ses dessins.
La plupart des gens cherche immédiatement à trouver la solution la plus claire, la plus parfaite, la plus aisément définissable, mettre le nom qui mettra une boîte qui enfermera l'être dans des contours bien nets et faciles à soigner. Ça ne marche pas comme ça, l'humain. C'est brouillon, c'est le bordel, c'est une lutte à mort, c'est à se cogner la tête contre les murs.
Et ça en vaut la peine.

Bea observe Siobhan. Elle n'a fait que cela depuis que leurs regards se sont croisés pour la première fois. Elle l'examine, non pas comme un objet, non pas comme un cas, mais comme un peintre examine un paysage, comme quelque chose à inventer, à créer. À révéler. Elle essaie de trouver les chemins de son univers, mais celui-là il faut s'en tenir éloigné. Il est plein de terreur et de haine, de fureur et de bruit. Plein de peine. Il ne faut pas la rejoindre là-bas. Il faut la ramener ici. Et c'est ce que Bea entreprend de faire, avec ses mots fermes, sa logique sévère, sa dureté. Il faut du dur pour que Siobhan s'accroche, pas du mou dans lequel elle va s'enfoncer et qui va la laisser tomber.


« Si, stupide. Stupide parce que vous n'êtes pas en train d'utiliser ce cerveau brillant qui est enfermé derrière vos yeux, vous êtes en train de vous laisser utiliser par lui. Elle est où votre liberté, Siobhan, dites-moi, si vous êtes enfermée dans votre propre tête ? Ce n'est certainement pas cette porte qui vous retient prisonnière. »

Elle l'allonge à nouveau, elle lui parle, elle tente de la ramener parmi les vivants, mais autant parler à un mur, les yeux roulent et ne la voient pas, les oreilles se ferment à ses paroles, peut-être est-elle en train de s'endormir, après tout, finalement, Beatriz soupire et fait un geste pour reprendre la fiole avant qu'elle ne tombe des mains de Siobhan si celle-ci sombre brusquement dans le sommeil, mais à cet instant la main de la jeune femme se crispe et d'une détente prodigieuse pour quelqu'un qui devrait avoir à peine l'énergie suffisante de battre des cils, elle envoie voler fiole et contenu contre le mur du studio. Bea jure en espagnol en rentrant la tête dans les épaules et fermant brièvement les yeux – elle n'aime pas les bruits trop forts, encore moins ceux des objets qui se cassent – et elle pose un doigt furieux sur l'épaule de Siobhan, sans pousser ni presser, mais dont le tremblement fait acte de sa rage.

« Qu'est-ce que je vous ai dit ? J'en ai pas des litres de cette huile ! Vous êtes vraiment une... brise-tout ! »

Cette habitude de jurer en espagnol l'a rendue quelque peu inefficace pour les insultes en langue commune, mais sa véhémence à elle seule suffit en général à terrifier ses interlocuteurs sans qu'il soit nécessaire d'y ajouter de la vulgarité, et elle s'apprête à reprendre ses remontrances parce que vraiment, elle déteste qu'on gaspille ainsi des choses précieuses qui en plus lui appartiennent, mais à ce moment la situation se retourne, littéralement, et elle se retrouve plaquée au sol, sans avoir rien vu venir, aveuglée par la colère, et elle se débat inutilement contre la poigne de fer de Siobhan, qui ne devrait pas être capable d'avoir tant de force à ce stade, mais après tout elle vient de faire un lancer prodigieux et elle n'aurait pas dû être capable de le faire non plus.

« Siobhan... »

Le temps que le chuchotement étranglé jaillisse de sa gorge, la jeune femme a tiré une lame de sa chaussure et l'a plaquée contre sa gorge, vive comme l'éclair. Beatriz reste absolument immobile, respirant à peine, essayant d'ignorer les premières gouttes de sang qui perlent sur sa peau mate. Elle écoute Siobhan avec les yeux, avec le ventre, mais sa bouche dure ne laisse passer aucune angoisse, sa moue hautaine refuse la peur et lui renvoie un défi en pleine face.

« Si vous comptez me tuer au moins assurez-vous de trancher la bonne artère. Votre lame est mal située, je pourrai probablement m'en sortir. Ici, en revanche... »

Bea a saisit le poignet de Siobhan, celui qui tient le couteau, et le guide doucement vers sa jugulaire.

« Là, c'est le bon endroit. Il faudra appuyer bien fort, être sûre de la trancher complètement. Mais vous allez y arriver, pas vrai Siobhan, ce n'est pas la première fois que vous tuez, vous n'allez pas hésiter et déraper, n'est-ce pas ? Tant mieux, je préfère encore me faire lacérer la gorge que couper le nez. »

Bea n'a jamais été suicidaire.
Elle aurait pu.
Elle en a eu des raisons d'arrêter de ce battre.
Mais si l'on n'oublie ce moment terrible (et elle a toujours tout fait pour ne pas y penser) où elle a renoncé près du corps de sa mère, ce moment d'abandon où elle a regardé la mort voler vers elle sans bouger le petit doigt, sans essayer de l'éviter, l'appelant honteusement de ses vœux, si l'on n'oublie cet instant, jamais Bea n'a été tentée par le rebord des fenêtres ou le tranchant d'un rasoir.
Peut-être le fait d'avoir régulièrement empêché les tentatives de suicide de sa mère y est pour quelque chose.
Peut-être l'injustice de l'absence de son père aussi.
Et il y avait des gens qui comptaient sur elle.
Mais la vérité, c'est que Beatriz a toujours porté en elle une source de lumière vive, une avalanche de vie qui déferle sur elle quand tout semble perdu, et lui fait ôter son genoux de terre, relever la tête hors du cimetière.
Alors le petit jeu auquel elle se livre avec Siobhan, ce n'est pas un appel pour en finir, ce n'est pas un secret vœu de mort.
Elle a simplement des solutions très radicales et plus que discutables pour répondre aux menaces.
Elle est simplement suffisamment dérangée pour oser sauter dans le vortex en feu et être certaine de s'en sortir vivante.
Quand on a survécu à tout, on peut soit considérer qu'on en a eu assez et entreprendre de se détruire soi-même (Siobhan).
Soit se croire invincible (Bea).

Normalité, cette frontière illusoire.

Beatriz regarde Siobhan droit dans les yeux sans fléchir un instant, son cœur battant puissamment d'une force belliqueuse qui lui est familière, et plus son cœur bat fort, plus celui de Siobhan semble s'affaiblir, alors même qu'il s'affole, plus elle est rigide et inflexible, plus la jeune femme chancelle et ses yeux se voilent. Elle n'a même pas besoin de remonter son genou dans l'entrejambe de son assaillante, comme elle avait prévu de le faire – qu'on le sache ou non, c'est douloureux aussi pour les filles – la lame de Siobhan soudain disparaît en ne laissant qu'une traînée de feu et de sang derrière elle, et le corps qui la prenait au piège s'affale à côté d'elle, terrible masse de souffrance. Bea prend enfin une grande inspiration, son souffle tremblant maintenant alors qu'il était parfaitement calme quand Siobhan la menaçait, et quand celle-ci gémit qu'elle a mal, Beatriz se met à rire lugubrement, avec une pointe d'hystérie.


« Sans blague ? »

Elle se redresse, attrape la lame abandonnée sur le sol et l'envoie valser à l'autre bout de la pièce.

« Vous en avez encore d'autres comme ça ? Non parce que j'adore me faire menacer de mort toutes les cinq minutes par la première inconnue ensanglantée qui vient mettre le foutoir dans ma salle de travail. Continuez surtout, c'est hyper excitant ! »

Elle se contraint au dernier moment à mettre de la prudence dans son geste quand elle remonte le haut de Siobhan pour inspecter les dégâts, crachant des insanités qui auraient fait rougir sa mère (¡Que te den por el culo! ¡pedazo de imbécil!). Heureusement, elle n'a pas arraché ses fils, mais c'était tout juste. Elle relève la tête pour observer son visage, Siobhan semble au bord de l'apoplexie, elle lui prend le pouls au poignet, fronce les sourcils, trop rapide, trop superficiel, ce n'est pas bon, elle n'est pas en danger immédiat, c'est l'effet de l'effort et de la douleur et de la perte de sang et tout redeviendrait normalement si seulement elle voulait bien se calmer, mais ça, elle est incapable de le faire apparemment. Beatriz rabaisse le vêtement, se penche au-dessus de la jeune femme, ses yeux changés en ombre-flamme.

« Vous savez quoi Siobhan ? Vous avez raison. Vous n'êtes pas une petite fille. Vous n'êtes pas stupide. Vous êtes une jolín d'inconsciente, voilà ce que vous êtes, une emmerdeuse de première et moi je suis complètement dérangée d'avoir voulu vous aider, vous savez quoi Siobhan, restez avec votre souffrance, restez avec votre crasse et restez dans votre merde, moi je m'en lave les mains maintenant ! »

Beatriz se remet debout, se dirige jusqu'au mur et entreprend de ramasser les bouts de verre en sifflant de colère entre ses dents, puis de nettoyer la tâche d'huile. Quand les dégâts sont plus ou moins réparés, elle se dirige vers la salle de bain, sans prendre la peine de fermer la porte, à quoi bon, Siobhan est maintenant dans un état pire que celui dans lequel elle est arrivée, et elle n'a pas une très jolie tête non plus, songe t-elle en se regardant dans le miroir, entre les griffures sur sa joue, les cernes causées par le manque de sommeil et la surcharge de travail, l'estafilade moins légère qu'elle ne l'a cru qui macule son cou de sang. Une catastrophe ambulante, Bea, voilà ce que tu es, et tu es la seule à blâmer, qu'est-ce qui t'a pris, mais qu'est-ce qui t'a pris bon sang ? Elle grimace légèrement en nettoyant ses plaies – l'eau est si froide, c'est une torture – et tente de décontracter ses mains ankylosées par le travail minutieux effectué sous pression et l'une d'elle abîmée par les dents de Siobhan. Elle lui aura laissé quelques souvenirs... Bea tapote le lavabo avec ses ongle, lutte férocement contre elle-même, non tu ne vas pas y retourner, laisse-là essayer de se barrer, elle va probablement mourir sur le pas de ta porte avant d'aller plus loin, tu vas vraiment la laisser faire ça, Bea, tu as promis, tu soigneras tous ceux qui se présenteront, même les plus difficiles, même ceux qui ne se laissent pas faire, tu as promis, mais elle est complètement cinglée, et alors, elle souffre, un peu d'humanité quand même, humanité ? Va parler d'humanité avec un couteau sous la gorge on va bien rire.
Elle soupire, consciente d'avoir déjà perdu cette bataille (et légèrement concernée par cette habitude de plus en plus régulière de partir dans de longs monologues intérieurs, il est temps que Mirë revienne pour qu'elle ait enfin un autre auditeur qu'elle-même), elle rempli un verre d'eau et retourne aux côtés de Siobhan, le pose près d'elle.


« Faudrait pas que vous mourriez de soif, ce serait bête si vous survivez à ça. »

Tellement crédible, Bea, tout le monde est convaincu par ton numéro de je-m'en-foutiste, tu n'es même pas capable de t'empêcher de te soucier des autres deux minutes, seulement deux minutes, tu as vraiment un problème.

Au point où elle en est, autant ne pas en rester là. Elle rapproche l'épaisse peau d'ours de l'endroit où est allongé Siobhan au cas où celle-ci décide que ce soit plus confortable que le sol nu, et s'en va ensuite chercher des couvertures, qu'elle déploie sur la jeune femme.


« Vous allez avoir terriblement froid cette nuit. »

Elle s'agenouille prudemment, reprend le pouls de la jeune femme, il a presque ralenti, presque, elle pourrait l'aider, bien sûr, mais elle risque probablement de se faire crever un œil au train où vont les choses.

« Je peux vous donner quelque chose pour soigner ce cœur. Mais je suppose que vous allez juste essayer de redécorer mon mur avec ? »

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyVen 23 Jan - 19:15

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_nilh9bxSIN1qlq6qeo1_500


« Love is dangerous for your tiny heart,
even in your dreams, so please dream softly. »


~ ~ ~

La langue que parle Siobhan lui est à la fois familière et étrangère. Bea est beaucoup de choses, mais une linguiste n'en fait pas partie. Ses collègues se sont plus d'une fois moqués (gentiment, par peur des représailles) de son accent à couper au couteau quand elle tentait de communiquer dans une autre langue que la commune ou celle de sa mère pour les rares patients que la douleur faisaient revenir à leur langue maternelle. Elle se contentait de hausser les épaules. Elle préférait communiquer par gestes. Peut-être une habitude prise avec Dagan. Mais bien qu'elle ne soit pas une assidue des leçons linguistiques, certains mots dans le discours craché par Siobhan l'atteignent plus que d'autres. Fuck. Beg. Stop. Ceux-là, elle les comprend. Elle se mord les lèvres, baisse la tête. Joue un instant avec les manches de son pull, et regarde Siobhan avec un drôle de petit sourire un peu amer.

« Toujours les mêmes discours, pas vrai ? Dans une langue ou dans l'autre. D'un sexe à l'autre. Certains patients sont assez délicats pour y mettre du romantisme. Demander un baiser plutôt que de tirer un coup. Et puis il y a les autres, qui n'ont pas l'excuse de la douleur. Ceux qui vous sifflent et vous suivent dans la rue. Et je leur répond ce que je vous répondrez à vous, Siobhan. »

Elle cesse de jouer et s'agiter, et se fige. Ses doigts sont crispés comme si elle tenait la garde d'une épée invisible. Elle se penche légèrement, et murmure.

« ¡En tus sueños!  Je ne suis pas une chose à prendre, mais un être humain à respecter. »

Bea incline la tête, et dans cette légère asymétrie, la colère et l'indignation disparaissent, remplacées par une douloureuse perspicacité qui n'est ni indulgence, ni pardon, mais compassion.

« Mais c'est difficile d'avoir du respect pour les autres, quand on n'en a pas pour soi-même, n'est-ce pas ? »

Sur ces paroles qui ne sont qu'un souffle davantage adressé à elle-même, Bea quitte la scène et tente de reprendre ses esprits loin des projecteurs insoutenables que sont les yeux de Siobhan, qui lui brûlent la peau et lui glacent le cœur, qui la mettent face à ses contradictions et sa propre folie. Elle se demande jusqu'où elle sera capable d'aller avant de juger qu'elle ne peut pas se mettre davantage en danger. Quelle est la frontière entre la prise de risque et l'acte suicidaire. Et si elle la trouve un jour, sera t-elle capable de s'empêcher de la franchir ?

Quand elle revient près de Siobhan (en se traitant de tous les noms intérieurement mais en sachant qu'il est vain d'espérer qu'elle agisse un jour autrement), celle-ci murmure dans son délire, trop bas pour que Bea la comprenne. Elle semble reprendre ses esprits cependant, et ramène sur elle les couvertures qu'elle lui offre. Le sourire de Bea clignote, hésitante luciole. Au moins elle n'a pas essayé de jeter les couvertures dans le feu, une grande première. Un instant, elle croit lire quelque chose dans ses yeux si clairs et si profonds, dont on est trompé par la transparence aqueuse qui cache des puits d'encre. Mais l'impression est aussi fugace qu'illusoire, et son espérance se cogne contre la glace.

« Mon cœur va très bien. Merci pour lui. »

Sale menteuse, songe Bea en silence, mais elle en rit presque maintenant, comme d'une habitude, comme d'une blague partagée, et d'où vient cette sensation partagée avec la plus parfaite inconnue qu'elle avait terriblement envie d'encastrer dans son mur à la suite de sa précieuse huile d'olive il n'y a pas une minute ? Bea n'est certes pas un modèle de constance et de tempérance, mais il semble que ce soit les plus grandes aspérités de sa personnalité se trouvent aux antipodes et aient décidé de se mener une rude bataille...

Elle n'est pas la seule à baigner dans le paradoxe. Les éclairs meurtriers du regard de Siobhan se dissolvent en onde tiède et elle lève une main vers elle. C'est par pur réflexe défensif que Beatriz esquisse un mouvement de recul, peu encline à laisser de nouveau Siobhan approcher de son visage ou de sa gorge. Elle se recule, mais elle ne fuit pas. Observe. La main hésite, renonce, puis se laisse tomber, épuisée, mais sur sa route se raccroche à la sienne. Bea baisse la tête sur leurs mains jointes, les sourcils froncés, mais n'a pas un instant la tentation de briser ce lien. Quand les lèvres de Siobhan se pose sur sa peau, en revanche, son souffle se suspend bruyamment, et ses doigts s'agitent, nerveux, le cœur battant lourd sous la pulpe de ses doigts, puis deviennent complètement immobiles, tétanisés, charmés, quand Siobhan effleure sa blessure. Elle entrouvre la bouche – peut-être pour lui dire d'arrêter, ce n'est pas approprié, pas convenable, pas professionnel, elles ont prit un mauvais pli avec ses baisers échangés à la volée, mais aucun mot ne sort, et contre sa volonté son index se relève pour tracer le contour de la joue de Siobhan tandis qu'elle retire sa main, lentement. La douceur du geste de la jeune femme l'a surprise et émue. À ce point là de la nuit, elle n'espérait pas le moindre signe de gratitude.


« Vous... »

Elle s'interrompt avant de savoir réellement ce qu'elle voulait dire, elle ressentait juste le besoin de briser le silence trop intense, trop plein, trop enclin à la laisser faire des bêtises, mais sa voix échappe à son contrôle quand Siobhan la joue mutine et l'air de rien lui réclame un nouveau baiser. Pendant un instant, trop bref, trop étrange, elle a la vision d'un petit angelot blond aux joues pleines et roses et aux yeux brillants, battant des cils pour réclamer une nouvelle part de gâteau et cette image tremble et devient celle d'une gamine au nez enduit de suie et aux cheveux et yeux charbonneux (il est si bon mama!) et Bea rit, son ventre agité de soubresauts douloureux parce qu'elle retient des sanglots incompréhensibles, des sanglots doux.

« On est un peu gourmande ce soir... »

Bea fronce les sourcils, les yeux de Siobhan sont fermés, sa tête roule sur ses épaules, ses lèvres s'agitent et ses mots s'envolent, sans raison ni sens, Beatriz se rapproche, tente de les recueillir, le bout de ses doigts effleure la tempe de Siobhan, elle tente de la garder auprès d'elle, mais de ne pas la distraire, elle veut écouter son monologue (mais est-ce un monologue?) jusqu'au bout, elle est curieuse, elle aime comprendre, analyser, déchiffrer, elle aime les mystères pour les élucider.
Et pourtant elle a assez de sagesse pour comprendre que certaines choses sont plus belles quand elles ne sont pas élucidées.
Mais cela ne l'empêche pas d'essayer.
Orgueil et entêtement.


« Siobhan ? À qui parlez-vous ? »

Elle ne lui demande pas de qui parle t-elle, son prénom prononcé ne laisse planer aucun doute, et ses joues se mettent à rougir délicatement sous la chaleur des mots de Siobhan, elle n'est pas prude, Bea, et il y a bien longtemps qu'elle n'est plus une innocente jeune fille, mais elle est humaine, sensibilité volcanique et passions exacerbées, elle ne peut empêcher les images invoquées par la voix suggestive de Siobhan d'envahir son esprit. Ce n'est pas la première fois qu'un patient se prend de béguin pour elle – c'est la première fois que l'attachement est si instantané, et si fort, et sa réaction à elle si viscérale.
C'est aussi la première fois qu'un patient attiré par elle essaie également de la tuer.
Même quand elle croit avoir tout vu...

Le souffle de Siobhan s'apaise tandis que ses mots se meurent, Beatriz lui presse gentiment la joue en appelant son nom, deux fois, mais la jeune femme est endormie, enfin, endormie ou inconsciente, et elle n'a plus à souffrir ce soir. Beatriz reste un instant simplement à la regarder, se demandant pourquoi le pressentiment que sa vie a pris un tournant irrévocable quand Siobhan a débarqué dans sa vie avec la grâce d'un char d'assaut est si insistant, si impossible à ignorer.


« Que vous soyez partie ou non demain ou réveil, je doute en avoir fini avec vous... »

Bea se redresse, s'accorde à peine une seconde d'hésitation avant d'aller remplir d'eau une bassine et de la mettre à chauffer au-dessus du feu. En attendant, elle se retourne dans la salle de bain et s'empare d'une petite bouteille de couleur claire et d'une aiguille. Revenant auprès de Siobhan, elle s'assoit de nouveau, dépose son matériel, fouille dans son sac et en ressort cotons, antiseptique et élastique. Avec une délicatesse toute maternelle, elle allonge le bras de Siobhan sur le sol, place l'élastique pour rendre la veine apparente, nettoie le creux de son bras avec le produit et prépare son aiguille.

« Vous auriez essayé de me tuer pour ça probablement, mais il est hors de question que vous passiez la nuit sans un anti-inflammatoire. »

Sans plus de cérémonie, elle lui injecte la solution dans le bras, puis nettoie la peau et range son matériel, satisfaite du résultat (elle est vraiment très habile de ses mains, les enfants ne se plaignent jamais quand c'est elle qui leur administre leurs vaccins).

« Je devrai sans doute en profiter pour vous assommer avec un calmant si je veux pouvoir dormir tranquille cette nuit... ma bonne conscience finira par me tuer je crois. »

Elle soupire, secoue la tête, mais sa décision est prise. Siobhan a très clairement exprimé son dégoût pour toutes les substances qui, selon elle, la prive de clarté ou de contrôle. Elle ne va pas profiter de son état pour se sentir plus en sécurité. Le médicament, c'est différent, ça elle le refusait par pure obstination puérile, et il ne risque en rien d'affecter ses facultés. Ce qui n'empêche qu'elle sera probablement dans une colère noire quand elle l'en informera demain matin. Mais Bea n'est plus à affronter une colère près dans sa vie.

L'eau enfin tiède, elle amène la bassine près de Siobhan, y trempe un chiffon doux, et entreprend de nettoyer le visage de la jeune femme. Très vite, la bassins et le chiffon sont devenus sanglants, mais sa peau a retrouvé une couleur naturelle, est de nouveau pure et sans tâches. Aucun souvenir de ce cauchemar. Mais ses cheveux sont toujours un nid ensanglanté et le reste de son corps dans un état plus que déplaisant. Beatriz s'arrête là, cependant. Elle ne connaît pas toutes les limites, mais certaines d'entre elles, jamais elle ne les franchira. Elle se relève, ramasse toutes ses affaires, vide l'eau dans l'évier et nettoie chiffon et bassine, se gelant les mains, ne s'en rendant pas compte, trop perdue dans ses pensées. Elle se déshabille lentement, ses doigts sont gourds et fatigués, et enfile son pyjama, une longue chemise d'homme en coton gratté et un pantalon gris de la même matière, ainsi que deux paires de chaussettes.
Elle hait le froid.
Une fois que ses mains sont protégées par de vieilles mitaines en laine, elle revient aux côtés de Siobhan, ajuste les couvertures autour d'elle, lui glisse un oreiller sous la tête. Dans un élan familier, avec la spontanéité de la fillette, puis de l'adolescente, puis de la femme qui a effectué ce geste année après année pour ses frères, elle se penche pour déposer un baiser sur son front avant d'avoir pu s'en empêcher.


« Bonne nuit, Siobhan. Que sueñes con los angelitos. »

Quand elle se glisse dans son lit et s'enfouit avec un soupir de soulagement sous les couvertures, elle met longtemps à s'endormir, son esprit ne cessant de rejouer les scènes de cette nuit. Quand, enfin, une bienheureuse inconscience l'emporte, son sommeil est agité, et elle ne cesse de se réveiller par à-coups. Quelque chose lui pèse sur la poitrine, quelque chose de terrible, quelque chose comme un destin, quelque chose qui l'empêche de respirer et fait couler des larmes silencieuses le long de ses joues.
Ce n'est que lorsque le jour pointe timidement derrière les rideaux qu'il trouve Bea profondément endormie, les joues humides, les poings serrés sur sa bouche entrouverte, son sommeil aussi calme et aussi lourd que celui des enfants.

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyDim 25 Jan - 21:08


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_m4fubmyR1A1r600o0o1_500



C’était un sommeil paisible, un sommeil sans rêve. Mais quand son esprit se réveille, tout comme son corps, la seule chose qu’elle sent, c’est la douleur. Elle serre les paupières, et grince des dents. La peau sur son ventre se tire dès qu’elle tente de faire le moindre mouvement et il lui faut plusieurs minutes pour s’habituer. Quand elle commence enfin à sortir du brouillard, elle essaye de comprendre, de se remémorer ce qui s’est passé. Il lui arrive souvent de ne pas se rappeler de ce qui s’est produit la veille, mais une fois que son cerveau se met en marche, tout lui revient comme une vague. Sa dispute avec Sekhmet, et sa rencontre étrange avec Beatriz. Non, la fin doit être du domaine du sommeil, ce n’est pas possible autrement. Et ses paupières s’ouvre pour s’en assurer, et se referme immédiatement contre la douleur qui envahit son crâne lorsque la lumière du soleil assaille ses yeux. Bien plus lentement, elle se force à rouvrir les yeux, et prend conscience de son entourage. Ça n’a rien de familier. Et elle réalise avec horreur qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais rêve. Un profond soupir de résignation s’échappe de ses lèvres. Elle bouge un membre après l’autre, s’habitue progressivement à la douleur que chaque mouvement lui procure avant de rouler doucement sur le côté afin de se redresser. Un grognement s’échappe de ses lèvres, et elle reste allongé quelque secondes encore avant de forcer son corps debout malgré le tiraillement dans son ventre. Elle relève son haut et trace du doigt le bord des fils. Il lui faut bien avouer qu’elle n’aurait jamais fait aussi bien, c’est propre et régulier. Sans toucher la plaie en elle-même, elle s’assure que celle-ci n’est pas chaude. Elle n’a aucune rougeur, ni gonflement. Et c’est bon signe. Elle aperçoit sa veste en peau non loin de là où elle était couchée et tandis qu’elle s’en approche pour s’en saisir tout en se frottant les bras pour se réchauffer. Elle serre les dents lorsqu’elle frotte un point douloureux et quand elle regarde, elle voit un bleu s’étendre sur sa peau blanche. En son centre, une petite marque d’aiguille. C’est bien malheureux de vouloir faire des choses en cachette quand on a une patiente dont la peau marque violement. Sa décision de s’en aller est prise, et elle la sait juste (selon ses critères), mais elle a encore une chose à faire, retrouver sa dague, celle qui appartenait à Maman et avec laquelle elle s’est débarrassée de Damien.

Son regard fouille la pièce, mais elle ne trouve rien. Elle se dirige alors vers une autre, dont la porte est fermée. Elle l’ouvre sans bruit, et ce qu’elle voit, elle ne s’y attendait pas. Beatriz est allongée sous les couvertures, en train de dormir, et ses traits sont calmes, et elle est si belle. Siobhan secoue la tête et scrute la pièce de son regard. Elle s’approche d’un sac, qu’elle a vu le soir d’avant, et sans aucune gêne, se met à fouiller à l’intérieur. Et elle est là, la garde incrustée d’une émeraude, la lame tranchante comme au premier jour. Un sourire s’étire lentement sur ses lèvres, tandis qu’elle la glisse sous son manteau, et la glisse dans sa ceinture. Elle tourne le dos au lit et se dirige vers la porte, mais au dernier moment, elle jette un coup d’œil par-dessus son épaule, et se rends compte au moment où elle le fait que c’était une erreur. Elle s’arrête et observe quelque instant. Ses pas la porte jusqu’au bord du lit, de façon presque automatique et elle s’arrête.

Les cheveux devant le visage, la bouche entre ouverte et les traits détendus, Beatriz est magnifique, plus encore qu’elle ne l’était le soir d’avant. Les couvertures se lèvent au rythme de sa respiration, et Siobhan se surprends à se demander si un baiser la réveillerait, parce que c’est exactement ce qu’elle ne veut pas. Comme tout le monde, cette femme (probablement croisée avec une mule) a le droit au repos, et quelque part au fond d’elle, la culpabilité s’allume, parce qu’elle est en partie responsable de cette fatigue, et elle s’en veut. Se faire du mal, elle est d’accord, mais faire souffrir les autres, c’est autre chose. Elle n’a jamais été foncièrement mauvaise, mais quand les gens commencent à ronger ses barrières, elle ne connait qu’un seul moyen de défense. L’attaque. Il suffit généralement de peu, simplement des mots. Mais Beatriz a fait preuve d’un entêtement qu’elle n’a jamais vu. Et comme elle était incapable de s’enfuir, elle a dû sortir les armes. Il s’est écoulé de longues minutes avant que Siobhan ne sorte de sa contemplation. Sa main repousse les mèches qui se sont égarées sur le visage de l’autre femme, et son doigt trace avec douceur le contour de ses lèvres, s’arrête un instant sur la cicatrice, puis caresse sa joue. Qu’est-ce que tu fais encore là, Siobhan ? Elle secoue la tête et sans bruit, elle sort de la pièce sans refermer la porte. Un instant, elle reste devant la porte de l’appartement, n’osant pas l’ouvrir, de peur que celle-ci soit fermée et qu’elle ne puisse s’échapper. Mais quand la voix dans sa tête ricane en la traitait de peureuse, elle se décide, et tourne la poignée. Et s’enfuit, du plus vite que son corps le lui permet, laissant claquer la porte derrière elle.

Quand elle arrive dans la rue, elle soupire de soulagement et ressert sa veste autour d’elle, sous son pull, et sort son écharpe de sa poche afin de l’enrouler autour de son cou. Elle rabat sa capuche sur la tête. Elle a l’impression de tout de suite respirer mieux. Malgré l’heure, il y a peu de monde dans la rue. La panique s’étends dans son ventre quand elle se rend compte qu’elle ne sait pas où elle se trouve, et pourtant, la part rationnelle de son esprit lui dit qu’elle ne peut pas être bien loin du centre de soin, Beatriz n’aurait jamais pu la transporter. Et elle fait la seule chose à laquelle elle pense en cet instant. Elle porte ses doigts à sa bouche et siffle puissamment. Les secondes s’égrainent trop lentement. Elle jette des regards derrière elle, de peur que Beatriz n’apparaissent. Et c’est un son familier qui vient tinter à ses oreilles. Le bruit du trot sur le sol dur. Et ce trot, elle le reconnaitrait entre mille. Un sourire s’étire sur ses lèvres quand la petite jument pie apparait au tournant de la rue, et s’approche d’elle sans ralentir l’allure. Elle s’arrête juste devant la femme, et s’ébroue en douceur. Siobhan lui caresse le chanfrein lentement, avant de poser sa tête contre celle de la jument.

    « Tu vas bien. Tu es là. »


Aestria souffle profondément, avant de se frotter contre la jeune femme, qui la repousse gentiment en grinçant des dents. La jument la regarde avec de grands yeux, et Siobhan ne peut s’empêcher de sourire à nouveau. Un rire commence à naître dans sa poitrine, mais elle le contient. Elle continue ses caresses à la jument, tout en lui murmurant des paroles rassurantes. Elle ne sait pas si elles sont pour Aestria ou pour elle, mais elle les prononce quand même. La jument tourne soudainement la tête, les oreilles pointée en avant, et Siobhan suit son regard. Beatriz est en train de l’observer. Elle ne sait pas depuis combien de temps, mais elle est là, son regard noir posé sur elle. Siobhan caresse une dernière fois la jument et s’approche de Bea.

Elle ne prononce pas un mot, le visage fermé. Toute la joie qu’elle éprouvait quelque minute plus tôt s’est envolée. Elle s’approche jusqu’à se retrouver, le visage à quelque centimètre de celui de l’autre femme, ne montrant pas le moindre signe qui indiquerait qu’elle éprouve quoi que ce soit par rapport au respect de l’espace personnel, et plonge son regard dans celui de Beatriz. Elle peut sentir son regard effleurer son visage, et dans son ventre vibre la même sensation que le soir avant. Elle ne sait pas ce que c’est, ne cherche pas non plus vraiment à comprendre. Ses yeux descendent sur les lèvres de Beatriz, et se repose sur son regard. Ses bras entourent sa taille pour se protéger. Elle sait ce qu’elle va lui dire, lui cracher au visage qu’elle s’en va. Qu’elle aurait pu s’en sortir toute seule et qu’elle n’a besoin de personne. Il y a presque un sourire narquois au coin de ses lèvres.

    « Je reste. Mais seulement le temps de pouvoir remonter sur Aestria. »


Ce n’était pas du tout ça. Les mots sont sortis de sa bouche sans qu’elle ne puisse les retenir, derrière elle, la jument s’approche, et se cale derrière son épaule, utilisait Siobhan comme bouclier tandis qu’elle observe Beatriz de ses grands yeux bruns où brillent l’intelligence et la douceur. Comme Siobhan a-t-elle pu réussir à laisser ses traits de caractère grandir en Aestria tandis qu’elle était constamment à ses côtés, elle n’en sait rien. Mais peut-être que tout ce qu’elle touche ne finit pas pourri finalement. Peut-être.

    « J’ai deux conditions. Il faut que je passe à mon atelier pour récupérer deux, trois choses. J’ai une commande que je dois absolument terminer, et il est hors de question que je prenne du retard. Si ce que j’ai récupéré n’est pas suffisant, j’y retournerais, et je devrais travailler là-bas. Je ne veux pas que vous me surveiller. Si je décide de ne pas revenir, c’est mon choix. La deuxième condition est bien plus compliquée pour vous. Je garde ma dague sur moi. Elle appartenait à ma mère, et il est hors de question que je m’en sépare. Je n’ai pas mon arc, c’est donc mon seul moyen de défense si j’en ai besoin. En contrepartie, je peux bien vous promettre de ne pas vous attaquer, mais je doute que vous me fassiez confiance. »


Elle hausse un sourcil, pour être sûr qu’elle a bien compris. Siobhan lui fait une fleur en acceptant de rester. Ca avait l’air de tellement lui tenir à cœur. C’est elle qui a insisté. Et si ça ne lui plaît pas, elle peut refuser, et Siobhan tournera le dos et s’en ira sans aucun problème.

____________________________

I walk a lonely road
The only one that I have ever known
Don't know where it goes
But it's home to me and I walk alone
I walk this empty street
On the boulevard of broken dreams
Where the city sleeps
And I'm the only one and I walk alone


You're so bad but I want a taste.
A little taste you have, come on over
Right now, take me down.
I want your poison.

x x x

Quand Siobhan frappa enfin à la porte d'entrée, Beatriz avait depuis longtemps abandonné toute velléité de travail et se trouvait dans la salle de bain, tentant désespérément de discipliner ses cheveux récalcitrants à l'aide de ses doigts.
Bien évidemment, aucune mèche ne semblait vouloir coopérer.
Pourquoi avait-il fallu que toute leur fratrie hérite de la chevelure épaisse et impossible à coiffer de sa mère ?
Et pourquoi s'acharnait-elle ainsi sur son apparence ?
Bea avait toujours été une femme plutôt confiante en ses charmes.
Ou tout simplement elle prenait ce qu'elle voulait sans prêter attention outre mesure à l'élégance de sa tenue, la perfection de son maquillage ou au fait que son métier l'obligeait toujours à avoir des ongles courts, ce qui lui donnait des mains d'ouvrier, selon Rufio (mais comme il était en général un sale menteur qui adorait la mener en bateau elle ne tenait pas compte de son avis).
Alors pourquoi ce soir ne pouvait-elle s'empêcher de s'agiter fébrilement devant sa glace ?
Qu'y avait-il donc chez Siobhan de différent au point qu'elle se mette à agir d'une façon tout à fait inattendue, comme si elle voulait...
Comme si elle voulait l'impressionner.  

Elle était tellement perdue dans ses pensées et ses dilemmes irritants qu'elle sursauta violemment en entendant la porte s'ouvrir et se fermer.
Manifestement, elle n'avait pas entendu Siobhan frapper.
Et manifestement, celle-ci ne l'avait pas attendue pour entrer.
Bea avait à la fois envie de sourire et de froncer les sourcils devant ce manque de civilité.
D'un côté cela voulait dire que Siobhan se familiarisait avec les lieux au point qu'elle finirait peut-être de se sentir à l'aise, mais de l'autre elle envahissait son espace sans prévenir et Bea était un peu du genre territoriale.
Mais elle calmerait la lionne en elle, ce soir.

Elle prit une grande inspiration – comme avant d'entrer dans la salle d'opération pour un cas délicat, comme avant de prendre la parole devant le conseil de la Maison des Soigneurs – et se tourna vers son invitée.
Celle-ci était occupée à ôter ses chaussures et ses pulls, et ne l'avait pas encore vue.
Doucement, Bea s'approcha, silencieuse, furtive sur ses pieds nus à l'exception de la fine soie de ses bas, et en profita pour admirer Siobhan avant que les yeux de celle-ci ne se posent enfin sur elle et que Beatriz ne soit plus capable de ce calme détachement qu'elle parvenait encore à convoquer.

Elle marcha jusqu'à son lit et s'y percha délicatement, jambes croisées, mains posées sur son genou, le lourd volume médical laissé ouvert enfonçant le coin de sa couverture en cuir dans sa hanche.
Bea ne prêta aucune attention à se léger inconfort, préférant sourire à la vision de Siobhan avec ses lunettes.
Elle avait l'air tellement plus jeune ainsi. Tellement plus douce aussi.

Ce ne fut que lorsque Siobhan se tourna enfin vers elle que Bea se rendit compte qu'elle s'était contenté de la regarder tandis qu'elle se débarrassait de ses affaires, et n'avait aucunement dit le moindre mot pour l'accueillir.
En vérité ? Elle avait la gorge nouée.
Elle se sentait...
Intimidée.
Intimidée, elle, Beatriz Desio.
Elle qui était probablement le cauchemar de la moitié du staff au centre de soins.
Elle qui pouvait calmer trois garçons adolescents attardés d'un seul de ses regards noirs.
Elle qui soignait des dragons.
Elle était intimidée.
Elle aurait volontiers croiser les bras sur sa poitrine dans un geste de rejet et ricané contre sa propre stupidité, mais les yeux verts de Siobhan immobilisèrent son corps tandis qu'elle se faisait dévisager avec une passion dévorante qui la fit frémir.
Et exulter.

« Vous attendez quelqu’un ? »

Elle fronça les sourcils, un sourire perplexe flottant sur son visage, hésitant entre le rire et la consternation.  
Était-ce une tentative d'humour de la part de Siobhan ou une réelle question ?

Les vagues de tristesse qui agitaient l'écume verte de son regard répondirent à sa question.

Beatriz la laissa cependant venir jusqu'à elle et s’asseoir également sur le lit avant de parler. Elle laissa un léger suspens s'installer, son expression insondable, son regard lointain.


« En effet. »

Bea se retourna vers Siobhan et posa une main légère sur la sienne, avec un sourire plein d'ombres prometteuses.

« Et je crois qu'elle est arrivée. »

Et l'ombre devint lumière.
Puis brasier quand les doigts de Siobhan se mirent à caresser ses lèvres.
Comme à chaque fois que la jeune femme l'avait touchée, elle ressentit d'abord cet élan de désir, charnel, impérieux, incompréhensible, incontrôlable, qui lui fit légèrement entrouvrir les lèvres et presque embrasser les doigts goûtant à sa peau avec curiosité. Ses paupières vacillèrent, et un soupir à peine audible lui échappa quand la main de Siobhan se posa sur son genoux, effleurant à peine l'ourlet de sa robe qui était remonté sur ses cuisses quand elle s'était assise. La chaleur de sa paume la fit frissonner.


« Siobhan... »

C'était le moment où la partie rationnelle de son cerveau commençait enfin à émerger sous sa sensualité envahissante. Le moment où la folie qui la possédait au contact de la chair de Siobhan allait enfin s'arrêter, le moment où elle allait pouvoir...

« Embrasse-moi. S'il te plaît. »

Ce n'est pas bien, hurlèrent toutes les voix censées dans sa tête, celles qui lui avaient fait éviter les histoires tordues, les désillusions, les situations toxiques.
Celles qui l'empêchaient aussi de vivre parfois.
Ce n'est pas bien
Mais Bea posa sa main sur la joue de Siobhan.
Ce n'est pas bien
Mais Bea ferma les yeux et prit l'index taquinant sa bouche entre ses lèvres, le libérant après une légère succion et une tendre baiser, juste sur la pulpe du doigt.
Ce n'est pas bien
Mais sa main alla se perdre dans les boucles blondes, attirant Siobhan vers elle, jusqu'à ce que leurs nez se touchent, leurs souffles se mélangent, jusqu'à ce que sa bouche frôle la sienne, jusqu'à ce que...

Elle ouvrit les yeux.
Inspira.
Exhala en douceur.
Comme un râle d'agonie.
Elle ne pouvait pas faire ça (n'est-ce pas?). Siobhan était plus ou moins sa patiente. Elle avait plus ou moins essayé de la tuer. C'était une inconnue, un danger, une menace pour sa vie tranquille et ordonnée, c'était...

(un soleil de glace)

C'était...

(une lune de feu)

C'était...

(le début de sa mort)

C'était...

(le nectar de la vie).

Bea soupira, et déposa un baiser doux et humide au coin des lèvres de la jeune femme, puis posa son front contre le sien, sa main caressant la crinière dorée.


« Et si on dînait, d'abord ? Vous avez besoin de prendre des forces. Et j'ai fait des efforts extraordinaires pour m'assurer que vous n'allez pas vous empoisonner avec ma cuisine. »

Sa tentative de légèreté après la scène très intense qui venait de se dérouler entre elle était bien faible, mais elle réussit enfin à s'arracher à Siobhan, et à se lever, ajustant sa robe, ses cheveux, n'importe quoi pour tenter de se recentrer, retrouver ses esprits, retrouver son bon sens et tout ces...

Oh oh.

Elle avait dit « d'abord », n'est-ce pas ?

Même sa bouche la trahissait.

Enfin, si elle parvenait à contrôler ses pulsions pendant tout un repas... elle pourrait déjà considérer cela comme une victoire. Petite victoire.

Elle se retourna vers Siobhan en arborant le masque de la parfaite hôtesse de maison, sourire convivial, posture élégante, trahie seulement par ses yeux qui abritaient des tempêtes électriques.


« J'espère que vous aimez la viande. »

Madre de Dios. Pourquoi sa voix se décidait-elle soudainement à se faire basse et voluptueuse sur ce genre de réplique fort tendancieuse ?

Dans un mouvement précipité contredisant la contenance dont elle avait essayé de faire preuve, Bea invita Siobhan à la rejoindre à table.


« Est-ce que... votre cicatrice ne vous fait pas trop mal, j'espère ? »
x x x

Don't stop, I haven't had enough.
You're mine, 'til the sun comes up.


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_nj48kxmtkj1u8bvrro2_250

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210


Dernière édition par Beatriz Desio le Mer 25 Fév - 21:53, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyMer 25 Fév - 21:31

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Swan-Queen-emma-swan-vs-regina-mills-34430220-500-264



x x x

Elle babille, elle bredouille, elle raconte n'importe quoi, et Siobhan lui prête une attention à la fois distraite et pressante.
Distraite, parce qu'elle n'est absolument pas venue pour endosser des civilités mondaines.
Pressante, parce qu'elle suit chacun de ses pas et chacun de ses gestes, se délecte de tout mouvement de son corps avec une voracité effrayante.
Le cœur de Bea bat à tout rompre alors même qu'elle enchaîne sourires et platitudes (sourires toujours authentiques, platitudes toujours sincères, mais nerveuses, forcées, inquiètes), et elle volette dans la pièce, elle s'agite, oiseau fou, oiseau fou non parce qu'il est en cage, mais parce qu'on vient de lui ouvrir la porte, parce que les yeux de Siobhan lui promettent une liberté violente, une envolée sauvage, lui promettent des passions intenses qui la laisseraient brisée et exsangue, privée de toute chaleur et de toute raison.
Brisée.
Ou enfin vivante ?

Elle exhale un souffle tremblant et manque de faire tomber une assiette sur le sol. Les yeux écarquillés, si noirs qu'ils avalent la lumière, Bea se tourne vers Siobhan, qui vient de se lever d'un geste brusque, et se tient debout, immobile, les yeux fermés. Elle pose l'assiette sur la table, et fait un pas en avant, se ravise, se tord les mains, inquiète.


« Siobhan ? Est-ce que... tout va bien ? »

La jeune femme ouvre les yeux, et son regard est plus féroce, plus vorace que jamais. Bea frissonne et fait un pas en arrière.
En avant, en arrière.
Un jeu.
Un jeu dont les règles lui sont encore inconnues.
Un jeu qui promet mort et merveilles.
Je ne sais pas, répond Siobhan, et c'est Bea qui ne sait pas à quelle question elle répond, celle sur sa cicatrice ou celle sur sa soudaine absence. Elle fini par lui tourner le dos (grossière erreur, jeune humaine, aurait grondé Mire, ne t'ai-je donc rien appris?) et s'affairer de nouveau autour de la table, tentant d'ignorer l'imposante présence de Siobhan derrière elle.

Il faut qu'elle l'ignore.

Il faut qu'elle réajuste les règles. Il faut qu'elle redistribue les rôles.
Mais elle ne sait pas quel rôle lui a été assigné et s'il est possible de donner des règles à ce jeu.
À vrai dire, elle est sûre que les règles en sont bannies.


« Oh ! »

Elle ne peut empêcher la légère exclamation de lui échapper quand les bras de Siobhan lui entourent la taille sans prévenir. Elle ne l'a pas entendue venir. Elle a pourtant pris l'habitude d'exercer une attention accrue à son environnement en grandissant dans la demeure de son beau-père. Elle a appris à se prévenir au maximum contre les contacts indésirés.

Un instant, bref, douloureux, éclairant, elle se tend dans les bras de Siobhan, elle a quinze ans, seize ans, dix-huit ans, son frère est derrière la porte à grandir sans le vouloir, sa mère est dans sa chambre à mourir lentement, la main de son beau-père se glisse sous sa jupe et...

Les lèvres de Siobhan se posent contre sa nuque et chassent toutes les images.
Il ne reste qu'une larme roulant le long de sa joue qui cristallise sa peine et sa honte et sa cicatrice.
Une cicatrice qui ne la définit pas, et qu'elle refuse de la laisser la limiter.

Elle se laisse souplement retourner par Siobhan et répond à son baiser avec une fougue et une certitude soudaines et imprévues.

Je suis Bea, pense t-elle, Bea, pas une victime, entière, pas abîmée.

Un dragon rugit dans sa poitrine.

Elle espère que Siobhan ne se posera pas de question sur sa joue légèrement humide d'une deuxième larme.

Elle ouvre la bouche, elle accueille Siobhan, elle ne respire plus, elle respire fortement, elle mordille la lèvre offerte sous ses dents, ses ongles se plantent dans la chair de la jeune fille, là où elle s'accroche à ses bras pour éviter la chute, la noyade, pas assez fort pour laisser des marques, pas encore.

Elle laisse Siobhan rompre le baiser, reprend sa respiration, ouvre les yeux, les referme quand la blonde commence à embrasser sa cou, sa gorge, elle penche la tête pour faciliter sa progression, jusqu'à son oreille, qu'elle saisit entre ses dents, et Bea gémit, s'agrippe de plus belle, ses jambes devenus liquides, son ventre un brasier.

Siobhan parle, et elle hoche la tête avec avidité, murmurant fébrilement « oui, oui » sans réfléchir et sans savoir à quoi, elle veut juste que ces lèvres ne quittent jamais sa peau, que ce souffle continue de l'emporter, que ces bras ne la laissent jamais partir. Siobhan l'embrasse à nouveau et elle sourit contre ses lèvres, tout son corps se moulant au sien, liane souple ondulante sous les caresses, ses hanches roulant contre celles de la blonde.


« D'habitude (un baiser) les gens conventionnels (un autre) goûte réellement la cuisine d'une fille avant de la complimenter pour l'amener dans leur lit (encore un). »

Elle rit puis soupire puis se mord les lèvres pour retenir un gémissement quand Siobhan descend à nouveau dans son cou et elle n'a jamais pu résister à cette attaque particulière, la base de sa gorge, spécifiquement, est tellement sensible que lorsque Siobhan l'effleure de sa langue ses yeux se renversent derrière les paupières fermées et sa bouche s'ouvre de manière éhontée.

I want you so much.

Encore une fois, ce n'est pas une langue qui lui est particulièrement familière mais le sens de ces mots ne fait aucun doute.
Et si elle en doutait, les actes de Siobhan la convaincrait.

Sa main se glisse dans ses cheveux, ces si longs cheveux blonds, si doux au toucher, peut-être la partie la plus douce de cette femme si dure, mais comment pourrait-elle être dure quand ces baisers sont si tendres, si tendres mais brûlants, mais glacés, mais cachant des morsures, et Bea empoigne la chevelure, ses doigts massent le crâne de la jeune femme tandis que ses mains convulsent de plaisir, ses poings s'ouvrent et se referment à chaque assaut de lèvres, et elle murmure oui, et oui encore, et ses hanches sont plaquées contre celles de Siobhan et ses seins douloureusement écrasés contre la poitrine de la jeune femme mais elle ne peut pas s'en détacher, elle ne peut pas, et toutes ses bonnes résolutions tombent en miette, tout son sang-froid s'embrase – et quand a t-elle jamais été propice au sang-froid, elle la fille du feu et des forges brûlantes, elle l'épouse du dragon et l'enfant du soleil – et elle tangue, et elle tombe, il faut qu'elle se rattrape, qu'elle arrête.


« Siobhan ! »

Sa voix devait être douce et apaisante, mais c'est presque un cri essoufflé qui a jailli.

« Siobhan, il ne faut... on ne devrait... »

Elle ne peut pas parler correctement avec ces lèvres qui continuent à vénérer sa peau, alors elle prend doucement la tête de Siobhan entre ses mains, et éloigne sa bouche de son cou (il lui semble entendre sa chair pleurer d'indignation à cette absence révoltante), effleurant son front du sien tandis qu'elle la regarde dans les yeux et lui dit à mi-voix:

« Ta blessure... on ne peut pas... tu pourrais te faire mal... »

De toutes les excuses qu'elle avait sous la main (on se connaît à peine, ce n'est pas très éthique, je refuse d'enlever cette robe tant que tu n'enlèves pas ta dague), il fallait que Bea choisisse celle-ci.
Mais c'est la seule qui l'inquiète réellement.
Elle plonge ses yeux où l'or se dispute à la nuit dans les prunelles ensorcelantes de Siobhan, et c'est une erreur fatale.
Elle détourne le regard avec un sourire à la fois tendre et douloureux.


« Oh je ne peux pas te dire non quand je vois tes yeux... »

Elle rit, et ses mains caressent les joues, et son nez se frotte contre le sien, et sa tête et sa bouche ont beau déclarer que ce n'est pas une bonne idée, tout son corps le veut, le réclame, et l'exige.

« Tu sais j'ai un frère qui a ces mêmes yeux verts. C'est le seul à qui je ne peux presque rien refuser... »

Sa bouche frôle celle de Siobhan, et l'attente la tue, la retenue est un supplice, mais son intégrité se rebelle contre ce qu'elle considère être une faute professionnelle, et une indulgence imprudente.
Mais face à son cœur fier et la fureur de son sang, ses scrupules ne valent pas grand-chose.


« Je t'en prie... sois prudente pour une fois, Siobhan. Sois sage. Je ne suis pas sûre de le pouvoir ce soir. »

Elle ferme les yeux, et ses lèvres la brûlent.
x x x

...Your touch got me looking so crazy right now...


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Tumblr_inline_n8nz74kN1N1qgffod

____________________________

- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A STILL DAY -
- I WILL LOVE YOU WHEN YOU ARE A HURRICANE -


✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Signa210


Dernière édition par Beatriz Desio le Lun 2 Mar - 0:15, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Siobhan O'Meara


Habitant

JOUEUR
Feuille du joueur
Ton Pseudo: Spoody
Région: Suisse
Libre pour RP : Oui
PERSONNAGE
Nombre de Messages : 45
Date d'inscription : 17/12/2014

✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck Empty
MessageSujet: Re: ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck   ✗ Find a penny pick it up, all day long you’ll have good luck EmptyJeu 26 Fév - 18:10


____________________________

I walk a lonely road
The only one that I have ever known
Don't know where it goes
But it's home to me and I walk alone
I walk this empty street
On the boulevard of broken dreams
Where the city sleeps
And I'm the only one and I walk alone